DES CHINOIS, rot
croyance de ces fables avec les idées avantageuses qu’on a denos Chinois, & on en viendra à soupçonner notre sincérité.Les gens de lettres même , que la lecture des anciens livresdoit avoir accoutumés à cette espece de contradiction, ne serontpeut-être pas plus en garde contre leur imagination que les autres,& voilà comment les préjugés bouchent tous les passages quiconduisent à la vérité. Car si nous voulions dire que ces sablesn’ont aucune autorité , & font la risée de tous les vrais gens delettres, on ne manqueroit pas de nous soupçonner encore plus,& de nous opposer le témoignage de leur conduite. Du resse,en Chine comme ailleurs, il y a aufïï loin des livres aux mœursque des Loix au Gouvernement. Nos Lettrés vont ici au Miaocomme J. J. à l’Opéra & à la Comédie Italienne.
II faudroit copier le Tao-yuen de Lieou-jou, ou le Lou-chede Lo-pi, pour bien faire connoître combien font pitoyables &ridicules les fables dont on a barbouillé les prétendus commen-cemens de notre Histoire. Ceux qui seront curieux de voir jus-qu’où Tesprit humain est capable de s’egarer, pourront consul-ter ces deux Auteurs ; le dernier est sûrement en Europe. Pournous, nous nous contenterons de crayonner les premiers traitsde cet affligeant tableau. Sur la fin des Tcheou, & au com-mencement des Han, c’etoit le Tao qui avoit créé le ciel & laterre. Comme le Tao est trois un , San-y , on ajouta peu-à-peuque le premier tira TUnivers du néant, que le second débrouillales êtres flottans dans le cahos, & que le troisième fit le jour& la nuit, &c. Pan-kou fut substitué auTao sous les Han Orien-taux ; selon le livre Y-ky, c’est lui qui est le Pere de l'Univers.II sortit du cahos comme ii put : après fa mort, fa tête se chan-gea en montagne , ses yeux devinrent le soleil & la lune, sesveines des fleuves & des rivières, ses cheveux des arbres , lespoils de son corps des plantes, &c. Le grand embarras desEcrivains, est de dire de quelle veine ou de quelle artere en