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Tome premier.
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HUE DE LA CIIA U S S É E- D'A N TIN.

<[uina au rez-de-chaussée de l’hôtel Guimard; un marchand de nou-veautés outrage de son enseigne la façade de l’hôtel Fesch.

Où il y avait de grands seigneurs on rencontre, au niveau du sol, desboutiquiers, au premier étage, des banquiers; l’alpha et l’oméga de notremoderne société. C’est que nous sommes loin des galantes prodigalités dela régence, des luttes parlementaires de la révolution de 89, des gigan-tesques batailles de l’empire; aujourd’hui il y a une charte et deuxchambres.

La Chaussée-d’Antins’est dépouillée de son auréole aristocratique; quevouliez-vous qu’elle fît contre trois?

Mais laissons là des considérations qui tiennent à l’histoire de la gran-deur et de la décadence des royaumes, et disons d’abord ce qu’était larue de la Chaussée-d’Antin avant qu’elle fût.

Au commencement, comme dirait la Bible, il y avait, entre les quartiersde la Grange-Batelière et de la Yille-l’Évêque, un abominable marécage,formé de lambeaux de prairies où les roseaux poussaient à même; toutessortes de maisons foisonnaient sur ce terrain vague, qui était aux rouésde la régence ce qu’était le Pré-aux-Clercs aux raffinés de la ligue, unlieu de débauches, déplaisirs et de duels, trois choses qui, en ce temps-là,faisaient trois synonymes.

Les maisons étaient basses et d’équivoque apparence ; on y entendaitincessamment un grand fracas de bouteilles, un grand retentissement decouplets où la morale n’avait que faire, et un doux bruit de lèvres gour-mandes et lascives qui aurait donné fort à penser aux philosophes dutemps, si des philosophes avaient pu s’égarer en pareil lieu.

Tout au bout de ce marécage, le village des Porcherons groupait seschaumières. Ces chaumières-là n’avaient aucun lien de parenté avec leurshomonymes des romances contemporaines. Ce sont petites cousines à lafaçon de Bretagne . Nos chaumières tenaient la porte gaillardement re-troussée, qu’on nous passe l’expression, et la fenêtre au vent; ellesétaient de tournure plaisamment égrillarde, et il s’y faisait, pour toutdire en un mot, une grande consommation de jeune vertu et de vin vieux.

Le village de Clichy , qui ne se piquait pas non plus d’un grandrigorisme en matière de bonnes mœurs, tendait la main à son voisin, levillage des Porcherons, et à eux deux ils menaient bien la vie la plusdébraillée qui se pût voir dans la banlieue de Paris .

C’étaient deux grands cabarets. On y allait gris, on en revenait ivre.

Pour aller de la ville à ce lieu de perdition, les gentilshommes à cheval,les courtisanes en carrosses, et un peu aussi les bourgeois à pied,avaient tracé un chemin sinueux qui, partant de la porte Gaillon, abou-tissait aux Porcherons.

Ce chemin, qui trottait à travers champs et fondrières, la bride sur le