Il UE DE EA HA RI*E.
101
du palais, qu'il n’arrive que pour punir. Avant d’entrer dans le palais im-périal, il désire, dit-il, le purger; niais il sait, aussi bien que vous, lesliens qui nous unissent, et de peur, dit-il, de faire éclater la honte de samaison, il veut d’abord vous faire égorger tous deux en secret... il verraensuite ce qu’il a à faire de nous !
— Maudit soit le prince qui ne se souvient que des fautes , reprit Ro-bert, et qui oublie les services! Il devrait avoir devant les yeux le spec-tacle de son père nous pressant tous deux, Raoul et moi, contre soncœur, comme si nous eussions été ses fils! Souvent, la nuit, et quandle vieil empereur se relevait pour contempler le mouvement des astres ;il nous réveillait tous deux et montait avec ceux qu’il nommait ses pagesnocturnes jusque sur une des tours les plus élevées du palais... C'est luiqui, ne pouvant se résoudre à se séparer de vous, Gisla, non plus que devotre sœur Rotrude , ne voulut pas vous donner en dol à quelque prince;il ne vous maria pas de peur de vous perdre, et maintenant son fils jure-rait votre perte et la nôtre ! oh ! cela n’est pas ! le corps de Charlemagne est à peine refroidi, Gisla, et Louis ne tient le sceptre que d’hier!
— Il le tient haut et ferme pour le punir! dit Louis, qui venait de sefrayer un passage par le souterrain dont Raoul avait soulevé la pierre.
Louis entraînait avec lui sa sœur Rotrude et était suivi de quatrehommes dont le capuce était rabattu sur le visage.
— Une colombe échappée met l’oiseleur sur sa trace, dit-il en faisantasseoir Rotrude sur un banc ; moi aussi, je connais les souterrains du palaisdes Thermes, et c’est ici que je viens tenir mon premier lit de justice !
— Voyons, ajouta-t-il, commençons par vous, belle Rotrude que j’airencontrée fuyant devant moi, comme si mon arrivée vous eût fait peur!Je suis un bon frère, et je n’en veux pour preuve que les quatre gentils-hommes que j’amène avec moi ! Ils vont vous servir de témoins, cettenuit même !
— De témoins! s’écrièrent Rotrude et Gisla, d’une voix tremblante.
— Oui, votre mariage sera célébré cette nuit même... au Vieux-Palais...Vous, Gisla, vous épouserez Robert, comte deQuercy; vous, Rotrude , Raoulbaron de Lys... deux des meilleurs gentilshommes de feu mon père...
— C’est notre vœu le plus cher, répondirent les deux seigneurs. Lepère craignait de se séparer de ses filles, mais le frère a le droit de ré-clamer, pour ses sœurs, la foi loyale des chevaliers. Noble empereur,nous sommes à tes ordres!
— Revêtez auparavant ces armures, reprit Louis, en lançant un regardd’intelligence aux séides qui l’escortaient. — Ces hommes étaient Galon.Garnier, Lambert et Ingohert.
— Les princesses, continua le roi, ne doivent pas assister à la toiletted'hommes d’armes et chevaliers !