Band 
Tome premier.
Seite
136
JPEG-Download
 

136

DUE NOTItE-DAME-DE-LOHETTE.

on y exécute des concerts où certes les anges qui remplissent les fonctionsde maîtres de chapelle dans le paradis doivent puiser d’excellentes leçons.Les tableaux eux-mêmes ont tous un certain air qui repose l’œil et leréjouit agréablement. La sombre école des Vélasquez et des Murillo ,avec ses instruments de tortures, ses bourreaux demi-nus et ses victimespantelantes, est sévèrement bannie de ce paisible lieu, où l’on ne ren-contre que de jeunes vierges calmes et souriantes, aux blanches épaules,et aux regards doucement voilés.

Après tout, et pour parler sérieusement, cette église tant blâmée estfort bien comme elle est, etc’esticile cas de dire que toutestpour le mieuxdans la plus charmante des églises possibles. Transportez Notre-Dame à l’extrémité de la rue Laffitte, et voyez un peu quel énorme contre-sensde pierre ce serait là! il y a dévotion et dévotion, comme il y a fagots etfagots : il est évident que la dévotion de la Chaussée-d’Antin ne ressemblepas du tout à celle du faubourg Saint-Germain. Celle-ci veut un lieu graveet sombre, plein de silence et de recueillement, où l’âme puisse s’éleverà son aise et voler en paix vers le Seigneur. Celle-là, au contraire, ladévotion rive droite, réclame impérieusement une mise en scène pom-peuse : il lui faut de l’or, des parfums et des fleurs ; l’une prie avec satète et l’autre avec son cœur.— Une grande partie de la clientelle la plusassidue de Notre-Dame-de-Lorette, se recrute d’ailleurs dans le théâtreroyal de la rue Lepelletier. On y remarque encore les prie-Dieu, garnisde velours, de Thérèse et de Fanny Elssler ; les deux sœurs Diunilàtre,ces deux jeunes ballons de tant d’avenir, assistent régulièrement, chaquedimanche, à la grand’messe de midi; mademoiselle Forstcr y montredeux fois par semaine, son adorable profil de vignette anglaise, et madameStoltz ne crée jamais un rôle sans faire dire auparavant cinq ou sixmesses pour le repos de son succès. — Comme on le voit, l’église Notre-Dame-de-Lorette pourrait, au besoin, troquer son nom contre celui deNotre-Dame -de-1’Opéra.

La rue Notre-Dame-de-Lorette se pare avec orgueil du square Saint-Georges; c’est son éden, son oasis, le plus riche joyau de sa couronne.Cette petite place, qui n’a pas sa pareille dans tout Paris , se composed’une fontaine dont la naïade est un factionnaire, de quelques hôtelsélégants et d’une maison qui semble, je ne dirai pas construite, maisbrodée par la main des fées. C’est de la pierre de taille passée à l’état deguipure, et j’ignore si le ciseau divin des grands artistes de la renaissancea taillé quelque part un diamant dont les formes soient plus sveltes, plusgracieuses et aussi pures.—Un des hôtels du square Saint-Georges esthabité par M. Thiers . C’est là qu’il vient passer ses vacances ministé-rielles; c’est là que les caprices de la Couronne, pour nous servir d’unemétaphore parlementaire, à l'usage des grands journaux, l’exilent chaque