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Tome premier.
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LA CITE.

aux applaudissements de l’école. On prétend <pie le roman île la Ruse l'utl'oeuvre des amours d’Abélard , cpii peignit son Iléloïse sous le nom deBeauté. Guillaume de Lorris ne serait donc que traducteur ou plagiaire.

« Quelle femme, s’écriait Héloïse transportée d’enthousiasme, quelle» vierge ne rêvait pas de lui en son absence, ne brûlait pas pour lui en sa» présence? Quelle reine ou quelle dame de haut lieu ne portait pas envie» à mes voluptés, à ma couche d’épouse? »

Fulbert et les parents d’Héloïse , qui étaient de la maison de Montmo-rency, apprirent tout, lorsqu'il ne fut plus possible de rien cacher. Héloïse ,déguisée en homme, partit pour la Bretagne , où elle mit an monde un fils.Un mariage était une réparation que l'oncle exigeait en dissimulant sonressentiment, et la victime de l’amour, par philosophie sans doute, s’op-posait de tous ses efforts à une alliance légitime, contre laquelle ses ar-guments subtils citaient saint Paul, Théophraste et Cicéron . « Quelle» convenance y a-t-il entre des servantes et des écoliers, disait-elle, entre» des écritoires et des berceaux, entre des livres et des quenouilles, entre» des plumes et des fuseaux ? Comment, au lieu des méditations théolo-» giques et philantropiques, supporter les cris des enfants, les chansons» des nourrices et les tracas du ménage? » Elle consentit cependant àépouser en secret son amant, et celui-ci, trahi par son valet, fut mutilé, unenuit qu’il dormait seul dans son lit. Malheureux Abélard , te voilà moine!

Son amour survécut à ses plaisirs, et quelquefois, dans des lettres quePope et Colardeau ont osé imiter, ces amants, séparés par une atroceviolence, se ranimaient au feu de leur imagination. Héloïse , qui trouvaitplus noble et plus précieux le titre de sa concubine, que celui d’impéra-trice de toute la terre, redit pendant quarante ans : « Vœux , monastère,» je n’ai point perdu l’humanité sous vos impitoyables règles : vous ne» m’avez point faite marbre en changeant mon habit! » Elle mourut mèreet première' abbesse du Paraclet, de doctrine et religion très-resplendissante,et quand on la déposa dans le tombeau où son ami l’attendait depuis vingtannées, ils ressuscitèrent un moment pour remourir ensemble dans unbaiser.

Une statue de la Vierge, voisine de la maison .Héloïse, ne fut

pas exempte des faiblesses de son sexe, si l'on en croit la chronique riméepar Gauthier de Coinsi, qui recueillit les Miracles de la Vierge dans sonprieuré de Saint-Médard, au commencement du treizième siècle. C'estl’époque où la cathédrale, fondée par l’évèque Maurice de Sully , s’élevaitsur les ruines de la primitive église de Notre-Dame ; et la statue héroïnedu conte doit être celle que l’on remarque encore toute noircie et deboutsur un pilier au portail septentrional. Quelque incrédule aura rompu lamain droite, quelle tenait levée pour rappeler le miracle qui est consignédans un manuscrit des fonds de l’église de Paris .