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d'une personne, une nation toute entière a une poignée d'ingrats ou d'é-trangers !
Le théâtre de cette affreuse intrigue représentait les salons et les an-tichambres de votre hôtel de la rue Saint-Florentin : on voyait parader, surcette scène de société, des empereurs, des rois, des princes, des espionset des traîtres, tous les délégués de la coalition européenne, qui cherchaientà se tailler de petits habits d’emprunt dans l’immense et magnifiquepourpre de l'Empire; l’aigle impérial vivait encore, et chaque personnagede la pièce s’efforcait d’arracher une plume à ce noble oiseau des batail-les, pour empanacher une tète de Cosaque, de Prussien, ou d’Anglais ;des étrangers criaient, dans une maison de Paris : Vive l’Allemagne !vive la Russie ! vive l’Angleterre!... et pas une voix française ne se fit en-tendre, pour crier à son tour : Vive la France ! Un diplomate célèbre, unprofond politique, un ancien serviteur de Napoléon aurait pu défendrel’empereur et l’Empire... mais, il se contenta d’avoir de l’esprit, de sou-rire au milieu de ce terrible carnaval des barbares, et d’égayer le scéna-rio de la. tragédie, en improvisant quelques bons mots, derrière le man-teau d’arlequin!... Ah! monseigneur, quelle méchante pièce historique,et quel triste rôle vous aviez là! 11 ne faut jamais étaler, aux yeux d’unpeuple, sur les planches d’un vaste théâtre, le spectacle d’un homme qui,voyant s’évanouir les espérances de la cause commune, se mêle impuné-ment aux triomphes d’un parti contraire, au lieu de se retirer dans lesilence et de s’ensevelir dans son deuil !
Le prince de Talleyravd. — Que voulez-vous, monsieur le duc?...dans la vie du prince de Talleyrand , parfois l’homme propose, et le diabledispose !
Le duc de e’Lnfantado. —Vous voulez parler du Diable Boiteux?.., c'estjuste.
Le piuxce de ïalleyravi). — Comme vous le disiez tout à l'heure,j'avais pressenti l’avènement d’un pouvoir nouveau : la branche cadetteremplaça, dans le château des Tuileries , la branche aînée des Bourbons,et j’obtins l’insigne faveur de trôner une dernière fois dans ma petite courprincière de Paris ; en 1800, ma comédie diplomatique recommençade plus belle : la rue et l’hôtel Saint-Florentin jouèrent, encore un rôleassez ' , dans le drame révolutionnaire de la France , jusqu’au
jouroù ma singulière destinée me força de devenir ambassadeur des bar-ricades près la cour de Londres .
Je me vante d’avoir réussi dans la mission qui me fut confiée par legouvernement de juillet; après cela, ma foi! je n’avais plus rien à fairedans la ” : je quittai l’Angleterre, je rentrai dans Paris , je débitai
sans rire, à l’Académie des sciences morales , l'éloge des diplomates ver-tueux, et je me préparai à rétracter ma vie, et à mourir dans mon hôtel