DU CAIIIE.
gueux, Louis XIV lut plus jaloux de sou autorité qu’aucun de ses prédé-cesseurs; il ne voulut pas qu’il y eût dans Paris d’autre roi que lui, et lagloire du roi de Thunes en particulier lui taisait ombrage.
Un jour donc, en 1G51Î, je crois, les habitants de la Pour des Miraclesvirent une foule de soldats, de gens de justice, de commissaires, pénétre)’effrontément dans la rue Neuve-St-Sauveur, ce vieil et dernier refuge dela gueuserie parisienne , ce sanctuaire redouté, dont aucun homme por-tant hallebarde ou vêtu d’une robe noire n’avait osé enfreindre les privi-lèges. On voulut résister, mais hélas! on n’était pas en force ; une arméepresqu’entière cernait le quartier. Tous les coquins, vauriens, vagabonds,mendiants, estropiés, les coquillarts et les sabouloux, les narquois et lesmalingreux, le roi de Thunes lui-mème, avec sa cour et ses officiers, (ouifut pris, examiné, trié; on envoya les uns dans les prisons de Paris , onfonda pour les autres l’hospice de la Salpétrière , on jeta bas quelquesmaisons, on élargit les rues, on assainit le quartier, et de ce momentla Cour des Miracles n’exista plus. Ilenserade fit un charmant balletintitulé La Nuit, où les transformations nocturnes de la Cour des Mi-racles formèrent un épisode fort comique; le ballet fut joué sur lethéâtre du Petit-Bourbon; le roi se divertit beaucoup, et trouva (pie cesmœurs étranges étaient racontées en vers fort galants. Singulière des-tinée des choses humaines! La Cour des Miracles devait avoir pouroraison funèbre! un ballet de Benserade ... !
Passons maintenant à un autre sujet. Nous avons dit que l’ancien quar-tier des Truands était adossé du côté du nord au couvent des Filles-Dieu,aujourd’hui entièrement détruit, et dont les jardins, postérieurement àLouis XIV , s’étendaient assez loin sur l'ancien territoire des argotiers.Voici ce que c’était que ce couvent .
Dans le courant du treizième siècle, Guillaume 111, évêque de Paris ,fonda, dans la rue appelée encore aujourd’hui impasse des Filles-Dieu,près de la rue Basse-Porte-Saint-Denis, une, maison religieuse destinée àrecevoir les pécheresses, qui,'pendant leur vie, avaient abusé de leur corpset à la fin étaient tombées dans la mendicité. » Joinville dit que Saint-Louisaccorda à cette institution une rente de quatre cents livres; mais celtesomme était sans doute insuffisante, puisqu’au moyen-âge, les Filles-Dieuallaient mendier dans Paris avec une infinité d’autres moinesses etmoines ipii exploitaient alors la charité ’ " . Filles parcouraient lesrues, du soir au matin, en criant : Du pain pour Jésus notre Sire ! et cette vieerrante, fut sans doute pour elles une cause première de démoralisation.D’ailleurs, bien qu’elles eussent échangé la ceinture dorée contre l’habitde hure, les bijoux précieux contre le chapelet de bois, elles se souve-naient toujours d’avoir été les sujettes du roi des ltibuuds, et, dans lepieux asile qui leur avait été ouvert, elles juraient, ô ' ! elles