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traits indélébiles ! .Mais quels jours <|iie les journées du‘2 et du sep-tembre 171)2!
.le ne vous parlerai pas de ces hommes qui, ivres de sang, se niaientces jours-là dans la cour et aux abords de l'Abbaye. Marseillais, jacobins,peu importe le nom , ce sont les mêmes que vous avez vu (rois sièclesauparavant traquant, outrageant de malheureuses femmes, nedemandantpas mieux que de se faire leur bourreau ; les mêmes que vous avez en-tendu pousser des hurlements de joie, à la vue de pauvres protestantsmutilés, et accompagner leur supplice de frénétiques acclamations. Hier,c’étaient des huguenots qu’ils accusaient de boire le sang de leurs en-fants; aujourd’hui ce sont des aristocrates, des prêtres, des ennemis dupeuple, qui devaient égorger ses femmes et ses enfants, tandis qu’il se-rait à la frontière!
Mais je vous parlerai de ceux qui, assis dans une salle de l'Abbaye,composaient le tribunal populaire, de ces hommes impies qui faisaient unehorrible mascarade de ce qu’il y a de plus saint et de plus sacré sur laterre : la justice.
Us étaient cinq, deux officiers municipaux en écharpe et trois hommesayant sous les yeux les registres d’écrous ouverts, et faisant l'appel no-minal ; d’autres faisaient les fonctions de jurés et de juges : rien n’y man-quait. On lisait l’écrou au prisonnier, on lui faisait des questions; aprèsl’interrogatoire, les juges qui venaient de tuer avec un calme infernal,se demandaient par l’organe de Jourdan leur président: Croyez-vous quedans notre conscience nous puissions élargir monsieur?
Ce mot élargir était son arrêt de mort. A peine le oui fatal était-il pro-noncé, que le malheureux, qui se croyait absous, était précipité sur lespiques et les sabres des égorgeurs, qui, les bras nus et couverts de sang,se tenaient près du guichet de la salle pour exécuter les jugements.
Un autre le suivait de près et avait le même sort. Ce mode d’exécutionétait, si expéditif, que les bourreaux, parmi lesquels il y avait plusieursgarçons boucliers, fatigués d’abattre quarante ou cinquante prisonnierspar heure, demandaient de temps en temps quelques instants de repos.
« Ces instants de repos, dit un prisonnier, échappé comme par miracleaux massacres de l’Abbaye, les assassins les employaient à faire enle-ver les cadavres, à laver et à balayer la cour de l’Abbaye toute ruisselantede sang, ce qui leur donna beaucoup de peine. Pour en être dispensés àl’avenir, malgré les massacres qu’ils se disposaient à y faire encore, ilsconsultèrent entre eux divers expédients, et adoptèrent celui de faire ap-porter de la paille, d’en former une espèce d’estrade que l’on exhausse-rait encore avec les habits des victimes déjà immolées, et sur laquelle onferait monter celles qu'on' égorgerait dorénavant; au moyen de quoi lesang absorbé par ce lit de mort, n’irait pas inonder la cour. »