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Tome premier.
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28C. P, UK OUI N<; AM POIX.

boulait les rangs, 1rs âges et 1rs sexes. Jansénistes, molinistes, soigneurs,femmes titrées, magistrats, filons, ' is, courtisans, se heurtaient etse parlaient sans étonnement. L’avidité, la crainte, l'espérance, l’erreur,la fourberie, remuaient sans relâche cette foule intarissable; une heureelevait la fortune (pie renversait l'heure suivante. La précipitation étaitsi grande, qu’un abbé livra impunément pour des actions de la Compa-gnie, des billets d'enterrement, et dans cette burlesque substitution, lesapplaudissements se partagèrent entre l'effronterie du vol et la malice deI epigramme. Dans cette rue Quincampoix, aujourd'hui si calme et si so-litaire, on était si entassé les uns sur les autres, que le besoin changeades hommes en meubles, et parmi ceux qu’enrichirent ces métamor-phoses, on cite un soldat, dont l’immense ' e valait un bureau,et un petit bossu, soutenu par une muraille, devenait un pupitre com-mode, sur lequel on transigea pour des milliards. Un savetier dont l’é-choppe était appuyée contre le jardin du banquier Tourlon, qui donnaitsur la rue, gagnait deux cents livres par jour à louer son escahelle auxdaines qui venaient contempler ce spectacle inoui. La ruse amenait, alter-nativement la hausse et la baisse dans le prix des actions. Les variationsriaient si rapides, que les agioteurs, recevant îles actions pour aller lesvendre, en les gardant un jour seulement, avaient le temps de faire desprofils énormes. L un d'eux, chargé d’aller en vendre un certain nombre,resta deux jours sans paraître; on crut les actions volées, point du tout,il en rendit fidèlement la valeur, mais il s’était donné le temps de gagnerun million pour lui.On pouvait gagner un million par jour : il n’est doncpas étonnant que des valets devinssent lout-à-coup aussi riches que desseigneurs. On en cite un qui, rencontrant son maître par un mauvaistemps, fit arrêter son carosse et lui offrit d’y monter. Le système com-mença à fleurir vers le milieu de 1718; le mois de décembre 17111 fut l'é-poque du plus grand engouement. Les actions de Ô0I1 livres avaient finipar monter jusqu’à 18 et‘20,000 livres, c’est-à-dire à trente-six et qua-rante capitaux pour un. Tout avait été régularisé dans la rue Quincam-poix; des gardes avaient été placés aux deux bouts de celte rue. Unecommission avait été nommée pour juger sommairement tontes les con-testations. L’affluence des spéculateurs était sans cesse croissante; toutle inonde accourait au rendez-vous commun de la fortune ; les créanciersy apportaient leurs remboursements ; beaucoup de propriétaires, la va-leur de leurs terres, et de grandes dames même celles de leurs diamants.Les mississipiens (on appelait ainsi ceux qu’avait enrichis le systèmecommencèrent alors a se livrer aux plaisirs et aux désordres qui accom-pagnent les fortunes subitement acquises. Le régent dégagé de ses soucis,la noblesse qui se croyait enrichie, les agioteurs, possesseurs de quantitésimmenses de papiers, se livrèrent à toutes les débauchés. Les magasins