3‘24
HUE MO U F FETA 1U».
fleuve agité, dans lequel de profondes ruelles, connneautantde torrents im-pétueux, dégorgeaient à chaque minute de nouveaux (lots de populace. Lesondes de ce peuple, sans cesse grossies de tous les curieux qui affluaient auxabords delà rue, s’avancèrent bientôt vers la façade du temple, et, en dé-pit de la digue que lui opposaient les efforts de ’ es archers, ellescommençaient à s’épandre en larges vagues sur les escaliers qui exhaus-saient le portail de la façade. Cependant les protestants, effrayés de cettemarée montante, et craignant qu'elle n’arrivât bientôt à les engloutir, sehâtèrent de fermer et de barricader leurs portes, puis ils menacèrent les re-ligieux, si la foule ne se retirait, si la sonnerie ne cessait, de mettre unjour le feu au clocher de Saint-Médard. A cette menace, que rendait ef-frayante l’énergie du désespoir, la foule se retira, la sonnerie cessa, et lesprotestants, glorieux de leur succès, firent une marche triomphale danstoute la longueur de la rue.
Ces démêlés religieux se prolongèrent de longues années; soixante ansaprès la scène que nous venons de raconter, la rue des Postes et le bâti-ment des Gobelins devinrent le théâtre d'un sanglant combat. Les pro-testants, sous l’escorte de quelques archers, se rendaient à leur chapellepour y prier ; tout-à-coup, une nuée d'assaillants débouche des carre-fours voisins, et les cris : les huguenots à la corde! sont vociférés avecun bruit soudain et furieux.
Les archers qui fermaient la marche du cortège firent volte-face. « Tail-lez les hérétiques ! s’écrie la cohue pour s’exciter. Prévôté! Prévôté! ré-pondent les archers en se ralliant; et la lutte commença; la mêlée futaffreuse; la taille reprenait ce qui échappait à l’estoc, et l’arquebusadeachevait ce qu’avait entamé la pique. La victoire, sur toute la ligne, restaaux gens du roi; puis le lendemain de cette équipée, le parlement, fidèleà ses traditions, se hâta de faire planter une potence pour les sur-vivants.
Cette potence, à ce que l’on croit, était adossée à des murs avoisinantl’enclos, où s’éleva depuis le couvent des Hospitaliers de la Miséricorde deJésus.
Le souvenir de ce couvent repose un peu la pensée des sombres événe-ments de l’âge qui a précédé. On s’y préoccupait bien moins des idéesque des personnes ; la créature l’emportait souvent sur le créateur; lespassions humaines (du moins au dire de l'histoire), s'infiltraient au tra-vers de la monacale enceinte et pénétraient jusqu’au sein des plus virgi-nales cellules. Dans les chapelles où les noues allaient égréner leurs cha-pelets, on entendait, dit-on, de bien douces confidences et de bien ardentssoupirs. A en croire certains récits, l’âme des jeunes novices se vapori-sait en rêves d’amour plus qu’elle ne s’oubliait en exaltation mystique.11 n’est pas jusqu’au lieutenant de police, M. d’Argenson, qui ne vint dis-