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Tome premier.
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Ix vieux capitaine affectionnait cette résidence, qui le rapprochait duroi son maître; Clisson passait de longues heures à l’hôtel Saint-l'aul.Un jour il y resta plus longtemps que de coutume, le roi était ce jour ladans un accès de cette noire misanthropie qui devait plus tard se chan-ger en démence. Le connétable, accompagné d’une suite peu nombreuse,s'en revenait dans la nuit, nuit mémorable du 15 juin 1391, lorsqu'il futassailli, au coin de la rue Culture-Sainte-Catherine, par une trouped’hommes armés. Pierre de Craon, seigneur de Sablé , chambellan etfavori du duc d’Orléans , frère du roi, était à leur tête. Surpris à l'impro-viste, le connétable, percé de plusieurs coups, fut laissé pour mort surla place, il en revint pourtant. Seize ans après, le duc d'Orléans , à l’in-stigation duquel avait été commis ce guet-à-pens, fut moins heureux, ilfut tué dans la rue Barbette, par des assassins aux gages du duc de Bour-gogne, Jean-sans-Pcur, dans la nuit du 22 novembre 1407. Son corps,provisoirement transporté à l’église des Blancs-Manteaux, dut passer de-vant l’hôtel de la Miséricorde , sorte d’expiation que la Providence luiréservait peut-être, lugubre rapprochement que le hasard opéra seul,car le vieux connétable était mort le 23 avril delà même année, quelquesmois auparavant, dans ses terres de Bretagne , mort dans son lit, dansson honneur et dans sa fidélité, âgé de 73 ans.

Comme on le voit, il y a du fer dans le blason de la rue Bambuteau ;patience, il y a de l’or aussi.

Savez-vous quel est cet homme de haute taille, à la jaquette de veloursviolet, fourré de martre, monté sur un cheval caparaçonné d’or et desoie, qui va faire son entrée triomphale dans la ville de Rouen, la villeconquise, ayant à ses côtés les deux plus grands capitaines du temps, lecomte finnois et le seigneur de la Yarennes.Cet homme, l’égal des princes,l'ami du roi, plus que son ami, l’ami de la France, l’ennemi des Anglais ;cet homme, général de la mer, qui touchait d’une main au sultan desinfidèles, et de l’autre au pape, c’est le fils d’un obscur marchand de lacité de Bourges , que son génie éleva au premières dignités de l’Etat;c'est Jacques Cœur .

L’or du marchand fut plus puissant que le fer des vaillants capitaines,et sans le secours du petit roi de Bourges , comme on l’appelait, peut-être;que Charles VII n’eùt jamais reconquis son royaume. Aussi, tant qu’ileut besoin de ses services, le roi se montra-t-il reconnaissant; il lenomma son argentier. 11 venait le visiter souvent dans sa maison; la.assis sur des fauteuils à franges, mi-partie d’or et de soie, le prince etle sujet travaillaient ensemble à luiis-clos, ou devisaient privément derhoses plaisantes. Là aussi se glissait parfois en secret, le visage couvertd’un loup de velours, encapuchonnée dans sa mante, la belle AgnèsSorel , la gente demoiselle, lorsqu’elle voulait cacher à son royal amant