SA IM'- MOIS.
lui-mème se jette dans le carrosse et déclare <|ii"il veut aller lum train poursou argent. Il y avait un si grand embarras de voitures dans la rue Saint-Denis, qu'il lit (.plus d'une demi - heure sans avancer. A la première échap-pée, le laquais fouette les chevaux de toutes ses forces, mais l’équipagedu poète accroche une lourde voiture, et Voltaire verse comme un grandseigneur habitué à cela. Le reste de la journée se passa plus agréablementpour Voltaire . Le lendemain, cependant, ne prenant pas goût à cette vie-là,il retourna dans la rue; Saint-Denis, et remit à l’encan sou carrosse, seschevaux et son laquais. Il perdit plus de moitié dans cette affaire, et mal-gré le piquant souvenir de cette folie d'enfant prodigue ou de poète de.dix-sept ans, il en voulut toujours à la rue Saint-Denis.
Je me suis mis en route par une belle matinée de printemps, c'est-à-dire, entre une giboulée et un orage; j’ai suivi les quais, très-surpris devoir des gens de mon âge eide ma tournure se diriger vers le même point.J'ai commencé dès-lors à m'apprivoiser avec la rue Saint-Denis, espérant nepas m'y trouver lout-à-fait étranger; mais où ne se rencontre-t-on pas, au-jourd’hui que le monde est sillonné de chemins de fer et de bâteaux avapeur? J'avançais donc avec ' ’i; confiance ; peu à peu ce_ ’ , je
voyais disparaître mes compagnons de voyage : l’un, c'était un étudiant,s'éclipsa par le l'ont-.Neuf; l'autre, c'était un beau du houlevart de Garni,alla fumer son cigarre sur le quai aux Fleurs; ainsi des autres. Je tra-versai bravement la place du Châtelet, déterminé à tout, comme l.a-pevrouse. Je me trouvai bientôt au milieu d’un autre monde, qui n'a decommun avec le nôtre, que les Omnibus. J'avais trop compté sur meslines semelles; pour marcher dans la rue Saint-Denis, quelque soit letemps et la saison, il faut armer ses pieds de bottes de province. Je lisquelques pas sans pouvoir respirer, tant j'étais ému par les clameursdes indigènes: l uu poursuivait un provincial qui montait une boutiqued’épicerie à Noyon ; l'autre insultait un charretier qui avait renverseau passage une pyramyde de sucre ou accroché avec son fouet une guir-lande de calicot. Le charretier me prit à témoin, je lui répondis enallemand , pour me délivrer de ce mauvais pas; je parvins à passer ou-tre. l'armi toutes les femmes qui semaient la rue, j’en voyais à peineune digne par sa chaussure et sa physionomie du beau nom del'arisienne ;toutes les autres étaient des provinciales sans grâce et sans style, malpeignées, mal coiffées, vêtues au hasard, lrainant dans la boue des sou-liers sans forme. Pour les hommes, c’étaient des portefaix, des commisde première année et des gamins. Je lis une halle chez un épicier, poursavoir quelle était la langue des naturels du pays. Il y avait une femmetrônant au comptoir. — Monsieur, me dit-elle eu français douteux, nousne vendons rien au détail. — Je le sais, madame, aussi viens-je vous de-mander mille kilos de thé l'ekoa : j'en prends tous les soirs , je voudrais