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Tome second.
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SA I NT- DE N 1S.

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—La mort ! la mort ! s’écria la pauvre tille toute égarée eu tendantlesbras.

Dés cet instant elle eut le délire. Je n'essaierai pas de ’ : le dé-

sespoir de son père, il demeura prés du lit de Caroline nuit et jour,priant Dieu pour la première fois de sa vie. Elle mourut à quelques joursde là « d’une maladie (pie les premiers médecins de Paris n’ont pu dé-finir.» Ne pourrait-on pas appeler cela le mal de la vie? S’il faut en croireCarie Yanloo, les livres seuls ont tué sa tille : on ne sait pas quels livres.

Le pauvre peintre ne put retrouver le bonheur après ce coup terrible;un crêpe lugubre couvrit toujours sa fortune et sa gloire. Le dauphin lerencontrant à la cour quelques années après ce malheur, lui demandapourquoi il était si sombre. « Monseigneur je porte le deuil de ma fille, »répondit-il en essuyant deux larmes. 11 avait conservé dans son atelier,comme un triste souvenir, la toile où Caroline avait dessiné la mort.

Commentcette toile se trouvait-elle dans la rue Saint-Denis, à la vented’une ancienne gouvernante de la maison de Lignerac? Le comte deCaylus était l’ami généreux de Carie Yanloo ; le marquis de Ligneracétait l’élève du comte deCaylus, pourla philosophie et pour les arts. Yoilàtout ce que je sais sur l’authenticité de mon ébauche ; qu'importe , j’vcrois. En y regardant de très-prés, malgré l’image de l’amour qui couvrele dessin dcCaroline Yanloo, on voit encore les traces funèbres de la mort.

Un peintre qui vivait en même temps que Carie Yanloo, Lanlara, a vécuet aimé au bas de la rue Saint-Denis, d’autres diraient a vécu, a aimé eta bu, car il buvait outre mesure. C’était l’esprit le plus naïf de son temps.A l’heure de la mort à l’hôpital de la Charité, son confesseur lui parlaitdu bonheur de monter au ciel. « lléjouissez-vous, mon fils, vous allez voirDieu face à face pendant l’éternité.—Quoi, mon père, s’écria le moribond,toujours de face et jamais de profil! »

Lantara n’était pas de son siècle; le bruit et l’éclat du règne deLouis XV n’avait pas séduit ni atteint le naïf poète de la lbrèt de Fontai-nebleau . 11 était né pour vivre dans l’insouciance des champs ; forcé àcoup sûr de vivre à Paris , il cherchait à s’abuser eu peignant des paysages;s’il buvait, c’était pour s’abuser encore; pour lui, le vin créait presque lesrêves de l’opium; car son ivresse était sereine, assoupie, rêveuse; sinonpoétique comme celle d'Hoffmann, du moins douce et souriante. Lafon-taine ivre vous eût bien représenté Lantara . Cet homme singulier ne vi-vait pas seulement en dehors de son temps, il vivait, on peut le dire, endehors de lui-mème ; son corps n’était qu’une guenille grossière dont sonAme se couvrait, faute de mieux; mais entre le corps et l’âme, la prisonet le prisonnier, il n’y eut presque jamais d’harmonie. Due de fois dansle même jour l’Ame s’envolait dans les bois et dans les montagnes pourrespirer l’arôme des herbes ou s'épanouir sur le buisson avec l’oiseau etla Heur, tandis que le corps restait sur son grabat ou se (rainait morue