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pas mourir de faim, abandonné sur son grabat. Quand il n’avait pas dequoi dîner, elle trouvait mille raisons aimables pour le décider à dîneravec elle; d’ailleurs il ne se faisait pas prier longtemps. Dans ses joursde misère, il descendait chez Jacqueline à l’heure du repas; à sa seulefaçon d'entrer, elle voyait bien qu'il fallait mettre son couvert, car il sou-pirait en se tournant vers l’âtre. En toute chose elle était sa providence:s’il était un peu malade, elle voulait veiller; l’hiver elle partageait sonpeu de bois, et Lantara avait le bon lot; le meilleur fruit de sa 'la pêche la plus rose et la plus veloutée, la grappe la plus dorée du plusbeau raisin était toujours pour lui. Jacqueline valait mieux que ThérèseLevasseur ; elle était plus franche et plus naïve; on 11e doit pas s'étonnerde l’amour que Lantara eut pour elle. Peut-être serait-elle parvenue danssa sollicitude à lui fermer à jamais la porte du cabaret, mais elle mouruttrop tôt pour accomplir cette bonne œuvre. Lantara fut frappé au cœurpar cette mort presque soudaine; il se retrouvait seul et déjà vieillissant;il perdit courage, il retourna au cabaret avec plus d’abandon que jamais;il ne se consola qu’à grand peine; six mois après ce malheur, quand onlui parlait de Jacqueline, il soupirait et pleurait encore, ivre ou non. Il11e voulut jamais vendre un joli paysage qu’il avait peint au temps heu-reux où Jacqueline chantait. Un jour que sa voisine, une danseuse oubliée,lui demandait pourquoi il tenait tant à ce paysage, il lui répondit: «Vousn’entendez donc pas chanter Jacqueline dans ce paysage. »
Depuis Louis-le-Jeune jusqu’à Louis XIV la porte Saint-Denis a faittrois haltes; elle n’était qu’une limite, grâce au passage du Rhin et àBlondel, elle est devenue un monument, Sous Louis-le-Jeune , elle était àla hauteur de la rue de la Ferronnerie, sous Philippe-Auguste en face ducul-de-sac des Peintres, sous Charles V à la rue des Deux-Portes.
Guyon-le-Doux était un des plus anciens peintres français; il ouvrit unatelier rue Saint-Denis ; de là, le cul-de-sac des Peintres. L’histoire nedaigne pas consacrer une seule page à Guyon-le-Doux et à ses dis-ciples. Seulement, Froissard parle de leurs peintures communes : « Al’entrée d’Isabeau de Bavière , il y avait à la porte aux Peintres (ainsi laporte illustrait ses peintres), un ciel nué etétoilé très-richement, et Dieu par figure séant en sa majesté, le Père, le Fils et le Saint-Esprit; et là,dedans le ciel, petits enfants de chœur chantaient moult doucement, enformes d’anges; et ainsi que la royne passa, dans sa litière découverte,sous la porte de paradis; d’en haut, deux anges descendirent, tenant enleurs mains une très-riche couronne, et l’assirent moult doucement surle chief de la royne en chantant tels vers :
Dame enclose entre fleurs-de-lvs.
Royne êtes-vous de Paradis?
A l’entrée de Louis XI la fête fut des plus solennelles. 11 y eut par toute