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ment qu’il leur est possible dans cette fastueuse maison de santé, s'a-musent à lorgner tous les matins, sur la terrasse d'une habitation voi-sine, un vieillard, un poète, un académicien, qui feuillette chaque jour,au milieu des Heurs, les oeuvres spirituelles de sa jeunesse : ce poète,c’est, M. de Jouy; le livre au’il se plait à relire en souriant, en se souve-nant, en regrettant peut-être, c’est un volume de l'Ermite de la Chaussée-d'An tin.
Il n’a fallu rien moins que la révolution de 1850, pour rendre à la rueChantereine le nom glorieux de rue, de la Victoire; la rue d’Artois, quiétait sa sœur par alliance, a reçu des trois journées le nom populairede rue Laffitte. La justice du peuple a permis à la rue Laffitte et à la ruede la Victoire de se donner la main, comme il sied à deux bonnes pa-rentes, à deux bonnes amies : pour la première fois, peut-être, l’argentet l’honneur ont trouvé le moyen de vivre en famille.
L'habitant le plus ancien, le plus fidèle, peut-être le plus heureux dela rue de la Victoire, est un pauvre savetier dont, la misérable échoppesert d’antithèse à un hôtel magnifique, tout près de la rue de la Chaussée-d’Anlin ; il travaille en chantant, il chante tout le jour, et bien des fois,sans doute , il rappelle à quelque riche voisin celle jolie fable que nousconnaissons tous : Le Savetier et le Financier.
Depuis longtemps, le théâtre Olympique delà rue Chantereine a cèdela place à une maison de bains; la Providence préside à toutes les com-binaisons, à toutes les métamorphoses de ce, monde : l’eau tiède a lavéla salle de spectacle du Directoire .
Chassée du théâtre Olympique, pour cause de tapage nocturne, lagalanterie a pris sa belle robe et sou courage à deux mains : elle a tra-versé le ruisseau de la rue de la Victoire ; elle s’est réfugiée dans unevilaine petite maison (pie l’on a surnommée le théâtre Chantereine. Lasalle Olympique était nue Merveilleuse; la salle Chantereine est uneLorotte. Les actrices de ce théâtre ne sont d'ordinaire que de gentilleset folles comédiennes, qui songent à jouer la comédie beaucoup plus â laville «pie sur la scène; elles s’avisent de placer, dans l’intérêt de la co-quetterie etdela convoitise,le piédestal d’une femme sur les planches illu-minées d’un spectacle ; il plaît â leur jeunesse et â leur beauté de spécu-ler, en riant, sur les illusions du monde dramatique : à leurs yeux, lesplus beaux rôles ne sont que des occasions charmantes pour montrerune jolie figure, des prétextes admirables pour étaler une toilette nou-velle, dont la forme emporte le fond. Les grandes actrices du théâtreChantereine tiennent â la lois de la grisette, par leur éducation, de lacomédienne, par la variété des rôles qu’elles ont joués, de Manon Lescaut,par l’abondance de leurs caprices : ardentes et infatigables bohémiennes,qui laissent tomber â ’ pas une agrafe de leurs robes, dans les