Band 
Tome second.
Seite
67
JPEG-Download
 

HUE 1»E L’ANCIENNE-COMEDIE.

67

an jeu de paume de l’Étoile, sis dans la rue neuve Saint-Germain-des-I'rés. Le sieur d’Orhay, architecte célèbre, lut chargé de la constructionde ce nouveau théâtre, dont le roi avait agréé le plan.

Kacine a raconté dans une lettre à Boileau , avec beaucoup de grâce etd'esprit, les pérégrinations des comédiens français repoussés sur tous lespoints : « Ils ont déjà marchandé des places dans cinq ou six endroits,» dit-il, mais partout où ils vont, c’est, merveille d’entendre comme les» curés crient :1e curé de Saint-Germain-l'Auxerrois a déjà obtenu qu’ils» ne seraient point à l’hôtel de Sourdis, parce que de leur théâtre on au-» rait entendu tout à plein les orgues, et de l’église on aurait parfaite-» ment entendu les violons. Enfin, ils en sont à la rue de Savoie, dans la» paroisse de Saint-André-des-Arts : le curé a été tout aussitôt au roi» représenter qu’il n’y a tantôt plus dans sa paroisse que des aubergeset» des coquetiers ; si les comédiens y viennent, que son église sera déserte.» Les Grands-Augustins ont été aussi au roi, et le père Binbrochons,» provincial, a porté la parole; mais on prétend que les comédiens ont» dit à Sa Majesté, que les mêmes Augustins, qui ne veulent point les» avoir pour voisins, sont fort assidus spectateurs de la comédie, et qu’ils» ont même voulu vendre à la troupe des maisons qui leur appartiennent» dans la rue d’Anjou pour y bâtir un théâtre, et que le marché serait» déjà conclu , si le lieu eût été plus commode. M. de Louvois a ordonné» à M. de Lachapelle de lui envoyer le plan du lieu où ils veulent bâtir» dans la rue de Savoie. Ainsi on attend ce que M. de Louvois décidera.» Cependant l’alarme est grandedans le quartier; tous les bourgeois, qui» sont gens de palais, trouvent fort étrange qu’on vienne leur embarras-» ser leurs rues, M. Billard surtout, qui se trouvera vis-à-vis de la porte» du parterre, crie fort haut, et quand on lui a voulu dire qu’il en aurait» plus de commodité pour s’aller divertir quelquefois, il a répondu fort» tragiquement : Je ne veux point me divertir. »

Voilà un trait tout-à-fait dans le goût de Molière ! Il paraît que ce bon.M. Billard, qui ne voulait pas se divertir, l’emporta, puisque le jeu depaume de la rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés servit de refuge auxcomédiens, Qu'on nous permette de faire en passant une réflexion àpropos des jeux de paume. Ils ont singulièrement contribué aux pro-grès des lumières, de la philosophie et des libertés. Leurs salles, si long-temps consacrées à des amusements gymnastiques, virent les jeux rem-placés par les exercices de la pensée. Les premiers théâtres s’y établirent,et l’on se souvient que la balle de la révolution, si nous pouvons nousexprimer ainsi, est partie de la main de Mirabeau, du jeu de paume deVersailles , et il l’a lancée si haut, qu’elle n’est pas encore retombée.

L’ouverture du Théâtre-Français eut lieu le 18 avril 1689, par la tra-gédie de Phèdre, et la comédie du Médecin malgré lui. Quelle magnifique