Band 
Tome second.
Seite
96
JPEG-Download
 

RUE ET FAUBOURG

<)<;

d’abord vicus Militiœ Templi, ensuite rue de la Chevalerie, elqui pritalorscelui de rire du Temple, qu'elle a toujours gardé depuis. Tout ce quartierse peiqda, et partout se groupèrent des rues nouvelles, que les besoins oul'agrément firent élever; les rues du Four-du-Temple, du Moulin-du-Temple, où les Hospitaliers faisaient moudre leurs blés et fabriquerleur pain, et mille autres : une rue obscure et tortueuse, presqu’entière-ment bâtie en bois se distinguait parmi ces constructions récentes:c’était la rue Yieille-du-Temple, dans laquelle en 1407, le duc de Bour-gogne fit assassiner le duc d’Orléans, frère unique de Charles VI ; ce futun gentilhomme normand, nommé d’Ocquetonville, qui, à la tête de dix-huit sicaires, commit ce crime. Le malheureux prince avait partagé laveille le lit de celui qui le faisait assassiner, et il s’acheminait peut-èlrevers l’oreiller de son bourreau! Non loin de là est la rue de la Perle; vouscroyez peut-être que ce nom lui vient de quelque jeune bachelette,miracle de sagesse et de vertu, perle de beauté qui aurait légué sonsouvenir à cette rue? Détrompez-vous; nos ancêtres avaient rarementd’aussi gracieuses inspirations : le premier nom de cette rue étaitTlioriijny ; on y établit un tripot, le plus achalandé des tripots du xv' siècle,celui où on jouait le plus gros jeu, où on buvait le meilleur vin, où lesdés étaient le mieux pipés ; la perle des tripots; de là son nom. Plusloin est la rue de l'Echelle, qui rappelle les fourches patibulaires des Hos-pitaliers; c’est là qu’ils exécutaient les malheureux tombés sous leurjuridiction.

Déjà les boulevarts étaient plantés d’arbres et le faubourg se bâtissait :encore quelques années et l'amour des plaisirs, le luxe des petites mai-sons, allaient donner à ce quartier l’importance dont avait joui aupara-vant la Place-Royale. Dans les dernières années du règne de Louis XIV ,Philippe de Vendôme , qui s’était distingué au siège de Candie, à la prisede Namur et dans le Piémont contre les impériaux, fut, en sa qualité deprince du sang et de chevalier de Malte , nommé grand-prieur du Temple.Philippe, quoique rempli de valeur, tint une conduite assez équivoque àla bataille de Cassano, et maltraité par Louis XIV , il ne sollicita le retourdes faveurs royales que pour se retirer dans son prieuré et s’y livrer àses goûts épicuriens. C’était la régence alors, et le grand-prieur de Ven-dôme voulut surpasser dans son prieuré la licence de l’époque; il y par-vint; les soupers du Temple devinrent fameux; ils surpassèrent ceux duPalais-Royal, par le choix et l’esprit des convives; la Farc y brillait detout l'éclat de sa gaîté; Chaulieu, riche prébendier et qui habitait dansl’enceinte du Temple une maison à lui, était le convive habituel duprieur, et quoique presque octogénaire, il y chantait l’amour et le vin;mademoiselle de Launay, cette spirituelle femme de chambre de la du-chesse du Maine, y venait apporter ses reparties piquantes, et ce cœur