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Tome second.
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hlance avec celle de son aïeul Louis XIV ; le grand roi, quelques annéesavant sa mort, était devenu inannisable : l’amant de madame du Barrv ledevint également. Madame de Maiutenon distrayait Louis XIV avecEslher et Athalie. Or, comme il faut que toute proportion soit gardée,comme le remède doit être appliqué suivant la constitution du malade,madame du Barry fit jouer devant Louis XV les enfants d’Audinot; samajesté fut très-satisfaite; elle assura Audinot de sa protection, et auxenfants succédèrent bientôt des hommes sur la scène de l’Anibigu-Comique. Ce théâtre a brûlé deux fois ; des maisons particulières rem-placent maintenant l’emplacement qu’il occupait, et on a rebâti une sallenouvelle, où les successeurs d’Audinot exploitent le privilège obtenu pourdes enfants. A l’époque même dont nous parlons, Audinot avait un rivaldangereux: c’était Nicolet ; l’un avait obtenu la vogue par des marion-nettes, l’autre, quelques années plus tard, lui enleva ses spectateurs aumoyen d’un singe ; singe savant dont Paris raffola et qui l'emporta unmoment sur l’acteur Molé, alors les délices de la capitale. L’acteur chéritomba malade, c’est de Molé que nous parlons, et la cour fut en émoi;les duchesses, les marquises, tout ce qui avait tabouret à la cour ou yétait présenté, se fit écrire chez le comédien: la perte d’une bataillen’aurait pas inspiré plus d’alarmes, on eût été beaucoup moins effecté sil’orage eut détruit les moissons de la Beauce ou fait couler les vins duBordelais, le tendre intérêt des femmes se manifesta de mille manières :elles exigèrent que les bulletins de la santé de l’acteur fussent lus tousles soirs au théâtre entre les deux pièces, et l’hygiène du malade ayantexigé l’usage du vin de Bordeaux , Molé reçut deux mille bouteilles dansl’espace de quelques heures. Le chevalier de Boufflers se moqua le pre-mier, dans quelques vers spirituels, de l’indécence de cet engouement;le singe de Nicolet fit le reste. 11 représenta Molé, en pantoufles, en robede chambre, en bonnet de nuit; le singe toussait, crachait, était capri-cieux et faisait l’enfant gâté, absolument comme le comédien : le publicrit, et la leçon profita. Nicolet a fondé le théâtre de la Gaîté, qui depuisa vu des entreprises rivales l’entourer sans lui nuire. Il ne serait pasjuste de passer sous silence deux hommes singuliers qui, des deux extré-mités sociales où le hasard les avait placés, contribuèrent l’un et l’autreau succès de ce théâtre naissant. L’abbé de Latteignant, chanoine deReims (à tout seigneur tout honneur), et. l’acteur Taconnet. L’abbéenrichissait le répertoire de petites pièces égrillardes que n’eùt pasdésavoué Collé , dont M. de Voisenon se serait fait honneur. Taconnet,acteur original, buveur intrépide, est l’auteur de parodies pleines d’es-prit, de petites comédies d’une gaîté populaire et naïve qui lui ont faitdonner le surnom, trop louangeur sans doute, de Molière des boule-varts. Deux pièces de lui, les Aveux indiscrets et le Baiser donné et rendu.