lit i; VIVIEN.NK.
III
lirait d’un grand tumulte qui ne ressemblait guère aux aubades qu’elleaimait tant. Des canons, la gueule béante, passaient en ébranlant lachaussée; de menaçantes files de grenadiers, de hussards, d’artilleurs,se rangeaient le long des maisons; des officiers d’ordonnance s'élancaientau galop, et l’on entendait dans les rues adjacentes les voix confuses,les murmures et les cris de la foule. A chaque instant, cette mer vivante,inquiète et tourmentée, poussait le peuple comme un flot jusque dans larue Vivienne, et les masses silencieuses des soldats avaient peine à con-server leurs rangs sous la pression toujours croissante des Parisiens .
La vérité historique nous oblige à confesser que la rue Vivienne n’étaitpoint aussi étrangère à ce mouvement qu'elle aurait voulu le faire croire.Elle y était fort intéressée; elle y prenait même part, en sa manière, ense mettant à la fenêtre. Ce jour-là elle n’ouvrit pas ses boutiques; ellese contenta d’ouvrir ses croisées : curieuse avant tout, elle voulait voirpasser les événements et les hommes.
Ce jour-là n'était rien moins que le 12 vendémiaire (4 octobre 1795).La veille d’une sanglante journée où les destinées de la France républi-caine se jouèrent à coups de boulets dans les rues de Paris .
La rue Vivienne faisait partie de la section Lepellefier, qui s’était leplus avancée dans le mouvement royaliste et qui siégeait au couvent desFilles-Saint-Thomas, remplacé plus tard par le palais de la Ilourse. Lasection, présidée par M. Delalot, parlementait avec le général Menou.On ne parlait déjà que de conquérir la ville de Paris , et la rue Viviennese voyait menacée d’un avenir de batailles qui ne souriait point à sa ga-lante indolence. Mais comme il n’y a rien de si terrible qu’un poltron,quand par hasard il s’avise de jouer le rôle d’un brave, la rue Vivienne,entraînée par le mouvement, criait plus liant et plus fort que tout lemonde, au risque de gâter sa petite voix douce et flûtée, et proposaitgaillardement de marcher contre les Tuileries , où la Convention répondaitpar des décrets aux menaces des sections réactionnaires.
On ne se battit point dans la journée du 12 vendémiaire; tout se[lassa en conversations; le général Menou, qui n’aimait pus à se trouvermêlé aux agitations populaires, fit prudemment rebrousser chemin àses troupes, fort étonnées de se retirer devant des petits-maîtres en ea-denettes, après avoir fait reculer les grenadiers autrichiens. La rueVivienne, trés-enrouée d’avoir beaucoup crié depuis le matin, péroraencore un peu dans le couvent des Filles-Saint-Thomas , présenta lesmotions les plus hardies, et, vers le soir, alla se coucher, le chapeau surl’oreille et le poing sur la hanche, avec des airs de matamore; elle nes’était jamais crue si vaillante.
Le lendemain, c’est-à-dire le 15 vendémiaire, le bruit de la fusilladeremplaça le bruit des paroles; mais, pendant la nuit, bien des événements