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ces espaliers dont la renommée était européenne et la charpente de celteserre où fleurissaient une multitude de plantes exotiques qui étaientl’orgueil du maître. Du côté de la rue Labruyère, un chalet est encoredebout, parce qu’il sert de magasin aux maçons, mais rien, hélas! aumilieu de ces mutilations et de ces décombres ne rappellerait la mémoiredu défunt, si un vaste écriteau ne disait aux passants : « Qui que tu sois,désœuvré qui te promène dans Sparte , c’est ici que sera la rue Boursault. «
On peut dire que Boursault fut avec Ouvrard le dernier des grands sei-gneurs. A la vérité la source de cet opulent patrimoine n’était pas très-pure. Boursault mena une des existences les plus aventureuses du siècle:d’abord comédien, puis membre de l’Assemblée législative, et après le9 thermidor membre de la Convention, l’entreprise de la poudrette et desboues de Paris jeta des monceaux d’or dans ses coffres, ce qui était unsujet inépuisable de plaisanteries pour Rougemont et M. Romieu. Laferme de jeux augmenta sa fortune qu’ébrêcha au déclin la création dela salle de l’ancien Opéra-Comique, place Ventadour. Boursault n’en con-serva pas moins jusqu’à la dernière heure une charmante aménité de ca-ractère; à quatre-vingts ans, la jeunesse de son cœur durait encore, et safemme, qui partageait ses goûts, figurait avec une prestesse sans secondedans le quadrille de ses petits enfants.— Deux ou trois ans avant sa mort,Boursault, qui n’était pas homme à se contenter de la réputation de sesserres et de son cabinet de tableaux, et qui cultivait la muse en ses heuresde loisir, lit jouer une tragédie au Théâtre Français, et ainsi la vieillessede l’ancien fermier des jeux renouvela les miracles de la vieillesse de Vol-taire. Le poète horticulteur se montrait fort chatouilleux sur le chapitrede'la littérature, et à ceux qui le lui demandaient il laissait assez volon-tiers croire qu’il était le petit-fils de Boursault , auteur du MercureGalant et d 'Ésope à la Cour, contemporain de La Fontaine et de l’abbéde Pure, quoiqu’il n’en fût rien.
Un peu plus haut, à gauche, une grille entrouverte permet de pénétrerdans un chantier de pierres de taille. — Là fut Tivoli.
Tivoli, galaht rendez-vous, où le commis et la grande dame se trompè-rent plus d’une fois, où les amours du tiers-état allaient chaque dimanches’égarer dans le parc, dormir sur les gazons verts ou danser aux branleséquivoques d’un orchestre aviné. Ce Tivoli avait repris la clientelle d’unautre endroit du même nom, situé au bas de la rue de Clichv, dans lequartier nouveau bâti par la compagnie Mignon et Ilinguermann, surl’emplacement qu’occupe aujourd’hui la rue de Londres, et connu sous „la dénomination de jardin Boutain, en mémoire du fermier-général dontil avait été la résidence. Pendant le Directoire , le jardin Boutain était lelieu de réunion des Clichiens, qui furent en grande partie déportés à laGuyane , après avoir été dupes, au 13 vendémiaire, de la conspiration