SAIN T - L A Z A I! E.
101
<|ui eu n clé détaché. M. de La Bouxière, qui ne comptait pas avec sesécus, avait fait couvrir de peintures et d’or les parois intérieures de sontemple; on admira une allégorie finement reproduite sur le plafond dusalon principal jusqu'au moment où la hache des pompiers la mutilèrentdans un incendie. La prodigalité intarissable de ce grand seigneur for-mait chaque nuit de nouveaux rêves: après les tableaux, il éprouva lebesoin d’avoir des statues, et lit de nombreuses commandes aux Covse-vox et aux Coustou de son époque. L’œuvre ne répondait pas toujours àson attente : qu'importe! il payait et faisait enfouir le marbre dans sonjardin. Les habitants du quartier, instruits de ces inhumations artis-tiques, gagnèrent le fossoyeur ou s’introduisirent en maraude dans leparc, et les statues, exhumées au fur et à mesure de leur enterrement,s’en furent orner des habitations moins difficiles que celles du riche voisin.
La mort surprit M. de La Houxière au milieu de ses largesses, et lesdépouilles mortelles du fermier-général étaient à peine cousues dans lelinceul, lorsque deux processions, l’une débouchant des Ratignolles.l’autre accourant de Montmartre, se présentèrent à la fois par devant etpar derrière, rue deClichv et rue Blanche, pour décerner au trépassé leshonneurs de la sépulture. Le pavillon La Bouxière, situé hors Paris ,occupait un terrain mixte, moitié relevant de la commune de Clicliy,moitié de la paroisse de Montmartre , et la querelle s’engagea sur le cer-cueil du mort. Les deux vicaires firent réciproquement valoir leurs droits,excipèrent de leur préséance ; les marguilliers, cherchant à apaiser leconflit, 1 embrouillèrent; les diacres en vinrent aux coups de poings etd’encensoirs, tandis que les enfants de chœur jouaient à colin-maillarddans le jardin et que les chantres s’enivraient à la cave. On ne sait com-ment l’affaire se serait, terminée si un mousquetaire passant par là n’a-vait donné à ces bonnes gens d’église l’idée d’appliquer à la conjoncturele procédé du jeu de boule, de mesurer géométriquement la distance quiséparait la bière en litige de l’une et de l’autre commune, et de donner lesavantages du De profimdis à celléqui en serait la plus proche. Les curésexceptèrent l’arbitrage, et la paroisse de Montmartre resta maîtresse duchamp de bataille; la tète de La Bouxière étant tournée de son côté.
Plus d’une fois les princes avaient honoré de leur visite le pavillon dufermier-général. Le prince de Coudé et le comte d’Artois s’y rafraîchis-saient souvent, à moitié chemin de leurs chasses des Ternes ; ils arrivaientlà, l’un et l’autre en costume de chasse avec leurs piqueurs et leurschiens, et devisaient des choses les plus folles, à cheval sur la tablemême où leur déjeuner était servi.
Le domaine de M. La Bouxière fut acheté à ses héritiers par M. Gref-fulhe, créé comte par Louis XV1I1 en récompense des services qu’il avaitrendu, pendant l'émigration, à la famille royale. Le comte de Greffulhe
i
n
•21