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l'obole lie tomba pas des doigts du millionnaire; il ne craignait pas dedonner, mais il craignait de se souvenir.
11 y a quelques années encore, Eugénie de la Bonchardie vivait îlessecours qu elle obtenait des écrivains et des artistes, auxquels elle mon-trait avec orgueil des lettres intimes de Marie-Joseph Chénier , et unrecueil assez volumineux d’autographes recueillis par elle au temps desa prospérité. Un soir que le lroid ou la faim l'auront torturée au-delàdes forces humaines, elle aura donné tout cela pouV le gîte d'une nuit.
Enfin un hospice lui a ouvert ses portes , l’admission a été accordéed'urgence, pour cause d’imbécillité. L ange de l'evéque d’Aulun, l’aiméedu général Bonaparte, l’idole de Chénier, la belle comtesse de la ruePiepus, tout cela n’est plus rien, pas même une individualité; c’est unechose qui n’a plus de nom et qui se désigne sous un numéro d’ordredans l’inventaire de cet ossuaire vivant qu’on nomme Dépôt de mendicité.
Il reste encore ijes ruines de l’ancien couvent de Piepus un joli pavil-lon construit en rocailles, qui a pour ornements des portraits de moinesen pierre sculptée, placés dans des niches en coquillages. Cet ermitage,qui est aujourd’hui au milieu des cultures maraîchères, limite de la bar-rière Saint-Mandé, a été habité quelque temps par Millevoye , un deshôtes assidus de la petite maison d’Eugénie de la Bonchardie. De nosjours, un des locataires de l’oasis fut le spirituel et fécond Théaulon , quieût été le premier auteur dramatique de notre siècle s’il eût cru que la gloirevalût la peine qu’on se rendit esclave du travail. L’ermitage de Piepus aété le berceau du -petit Chaperon rouge; là fut baptisée Ho.se d'amour, àqui Boïeldieu vint apprendre, sous les berceaux de pampre et de vignevierge, les chants gracieux qui oui été si longtemps populaires.
Le propriétaire de l'ermitage était alors M. Ilichebraque, le môme quipossédait la lasse de Jean-Jacques et dirigeait la maison de santé àlaquelle madame Richebraque-lleboul, sa belle-fille, a conservé sa bonneet ancienne renommée.
Dans cet établissement, un service spécial avait été organisé pour letraitement des aliénés. Parmi les malades, quelques-uns jouissaient delongs intervalles de raison, et on cherchait à combattre pour eux le malpar la distraction et les occupations manuelles, lin jour Théaulon avaitdonné un manuscrit à copier à un des pensionnaires de M. Bichehraque ;pressé par le temps, l’auteur emporta au comité son manuscrit, qu’iln'eut pas le loisir de collationner... 11 commence et lit les deux premiersactes sans encombre; arrivé au troisième, il trouve sur les pages lesmots les plus bizarres et les plus incohérents; et. quels personnagesa-t-on substitué aux siens? c’est la vierge-Marie, saint Joseph, le PèreEternel, et tous ceux qui sortent du cerveau troublé du copiste. Le langageburlesque du dialogue aurait fait croire que le paradis était aux ’ s