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Tome second.
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HALLE AL BLE

le guet de nuit; les unes étaient pour l'utile, l'autre pour l’agréable. Leslettres de cachet servaient à mettre les fâcheux, à la Bastille ; le guet ser-vait à se faire rosser. Rosser le guet a longtemps été la suprême folie duxvni' siècle.

M. de Sartines inventa les fonds secrets à une époejue où la pudeur pu-blique n’était cependant rien moins que farouche. Jugez alors et de lasource et de l’emploi de pareils fonds. Chaque maison de jeu, chaque lieude déhanche, payait à la ville une redevance qui servait à solder la police.L’impôt du vice perçu par l’infamie, la source était digne de l’emploi!

Qui fit mettre à l'index le Contrat Social et les Lettres de la Montaigne ?M. de Sartines, ce même M. de Sartines qui, étant ministre de la marine,ne trouva rien de mieux à faire pour la guerre de l’indépendance qu’unsurcroîlde dépense de douze millions, qui lui valut l’épigramme suivante :

J’ai balayé Paris avec un soin extrême,

Et, voulant sur la mer balayer les Anglais ,

J’ai vendu si cher mes balaisQue l’on m’a balayé moi-même.

Un homme aussi répandu et surtout aussi populaire que l’était M. deSartines devait nécessairement donner son nom à une rue créée et miseau monde par sa toute-puissance. Mais n'est-ce pas une chose digne deremarque, que la rue la plus mal famée et la plus immorale de ce quar-tier fut, vers la fin du xvm* siècle, cette même rue à laquelle M. de Sar-tines avait donné son nom pour lui servir d'égide.

La débauche devint l'hôte privilégié de la rue de Sartines : chaquemaison logeait au moins, à chacun de ses étages, l'un des sept péchéscapitaux. Jour et nuit l'orgie chantait par ses fenêtres ouvertes, laissantflotter ses rideaux au dehors, comme un ivrogne débraillé laisse flotterson jabot taché de vin. Bientôt la contagion gagna de proche en proche.Autour des rues de Sartines, de Yiarmes , de Yarennes, Ohlin et Mer-cier, vint se grouper une population hideuse, que la misère conduisaitau vice et le vice au crime. Toute la corruption de bas-étage, la prostitu-tion qui a froid et qui a faim, s’inféoda à ce quartier, dont le centre estla Halle au Blé, et qui eut sainte Agnès pour patronne. Cela a existé, celaexiste encore, cela existera longtemps ainsi, comme si Dieu voulait, afind’éclairer ces ténèbres, que la pudeur vendue pour un morceau de painvînt expirer sur des monceaux de farine.

Nous venons de nommer sainte Agnès; la vierge pudique que l’on ado-rait au commencement du xm' siècle avait sans doute prévu les débor-dements futurs de ce quartier, puisqu’elle ne fit que posera peine le boutde ses pieds de marbre sur l’autel qu’on lui avait élevé. Scandalisée paravance de tous les damnables méfaits qui devaient s’accomplir sous ses