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Tome second.
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ET POINTE S AIN T - E U S TA CIIE.

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yeux, elle déploya ses ailes et céda la place, en 1223, à un saint moinsscrupuleux, canonisé sous le nom de saint Eustache, saint d’originetellement problématique que la légende reste muette à son égard, et quecertain curé de la paroisse dont il est le patron disait en parlant d'unsavant docteur, grand dénicheur de réputations usurpées et de canonicatsdouteux : «Lorsque j’aperçois M. de Launoy (c’était le nom du savant), jelui ôte mon chapeau bien bas et lui tire de grandes révérences, afin qu’illaisse tranquille le saint de ma paroisse. »

Quoi qu’il en soit de l’orthodoxie du bienheureux saint Eustache, tou-jours est-il que, dés 1254, il existait près des Halles dans le carrefourétroit et dangereux, formé par la rue du Jour, la rue Montmartre et la ruedes Prouvâmes, une église paroissiale, précédemment consacrée à sainteAgnès et bâtie sur l’emplacement d’un ancien temple de Cybèle. Cettefois encore le culte chrétien s’élevait sur les ruines du paganisme.

De temps immémorial, la paroisse Saint-Eustache fut un centre d’op-position, où toutes les dissidences religieuses, toutes les rumeurs popu-laires, toutes les querelles politiques eurent de l’écho.

D’abord ce furent d’interminables différends entre le curé de cette pa-roisse et le doyen de Saint-Germain l’Auxerrois, dont il n’était en quel-que sorte que le fermier. La plupart des curés de Paris exploitaient ainsile paradis et l’enfer au profit des grands seigneurs ecclésiastiques. Maisen dépit de ce vieux proverbe, qui prétend qu’«7 faut être fou pour être curéde Saint-Eustache , nous aimons à croire que la vigne du Seigneur étaitdéjà d’un entretien facile et d’un excellent rapport, car si le maître en-graissait à vue d’œil, en retour l’esclave ne maigrissait pas.

Tandis que les deux compétiteurs se disputaient ainsi les bénéfices dela messe, les produits de la confession, les dragées du baptême et lesaubaines de la bénédiction des lits nuptiaux , survint un troisième larronqui les mit promptement d’accord.

Un moine de l’ordre de Cîteaux , grand , pâle, décharné, visage livide,accompagné d’une barbe inculte, d’où sortait une voix grave et retentis-sante, venait d’arriver à Paris , traînant à sa suite une horde de banditsfanatisés composée de près de cent mille hommes, et qu’on appelait lesPastoureaux.

Cet imposteur effronté se nommait Jacob : il se disait l’envoyé de Dieu ,le précepteur des anges et le cousin de la Vierge Marie à la mode deBretagne; il était venu sur terre prêcher une sainte croisade composée debergers, de cultivateurs et de gens du peuple, et ne marchait qu’entouréde cette multitude sauvage qui l’avait surnommé le maître de Hongrie .

C’était à coup sûr un maître fripon que ce moine Jacob, mais la ter-reur qu’il inspirait, lui et sa bande, était si grande qu’on n’osa pas d’a-bord l’inquiéter. 11 choisit l’église Saint-Eustache pour le lieu de ses pré-