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Tome second.
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ESP LA.NA DU DES INVALIDES 199

le manchot trouve à son tour un soldat à la jambe de bois qui lui coupeles morceaux et lui donne la becquée.

Dans la bibliothèque, au centre de ‘25,000 volumes, riche présent del'empereur Napoléon, un cercle d’aveugles est formé, et un camarade leurl'ait la lecture. Toutes les lois qu’il arrive à la fin de la deuxième page,» tournez», dit le lecteur qui a laissé'ses deux bras à AVagram ou àMoscow ; et un aveugle des Pyramides est là, dont le doigt exercé obéitau commandement. Partout l'Hôtel des Invalides offre la réalisation dela fable de Y Aveugle et le Paralytique :

Je marcherai pour vous, vous y verrez pour moi.

Le secours mutuel y est organisé ; disons mieux: y est inspiré par lafraternité militaire plus que par l'infortune et la nécessité.

Ne sortons pas encore; jetons un coup-d’œil dans les vastes cuisines,où le feu pétille sous les marmites gigantesques, dont la crédulité pro-vinciale a cependant décuplé les dimensions. Au fait, on peut croireaux marmites de vingt mètres de circonférence, fonctionnant à merveille,quand on croit à la tète de bois de l’invalide bon vivant.

Visitons encore, et avec un tout autre intérêt, les infirmeries où lessœurs de la charité ne cessent de "gnerle dévouement, aux malades,aux vieillards, aux plus infirmes des pensionnaires; montons jusqu'auxcombles de l’édifice, à la salle Aes plans en relief desplaces fortes de France ,où l’on ne pénètre qu’avec une permission du ministre de la guerre ; pas-sons enfin à l’église... Mais non ; le récit d'illustres funérailles nous y ramè-nera plus tard ; retournons sur nos pas, à l’Esplanade qui nous réclame.

Un est redevable de l’Esplanade des Invalides au comte d’Argenson,ministre de la guerre sous Louis XV . C’est à l’ombre de ces quinconcesépais, c’est sous ces belles allées d'ormes, et de tilleuls servantde cadre àde frais tapis de verdure, que les vieux soldats promènent leur rêverie:comme aux héros d’Homère et de Virgile , il fallait bien leur créer unElysée . Cette esplanade silencieuse, où l’oiseau chante et fait son nid.tranquille comme au fond d’un bois écarté, le peuple l’envahît plusd’une fois, et y laissa l’empreinte de ses pieds de géant. Est-il une rue deParis , un de ses carrefours, une de ses promenades, qui n’ait sa page glo-rieuse et sa date immortelle? Une fois. c’était le 14 juillet 1789 :

Trente-cinq mille hommes campaient sur la route deVersailles; les gardessuisses occupaient même l’entrée de la place Louis XV. Le prétexte étaitle rétablissement de l’ordre public; l’objet réel, la dissolution des états-généraux. Mirabeau, depuis quatre jours, avait rédigé la fameuse adressequi demandait l’éloignement des troupes et le renvoi des Suisses ;Louis XVI avait refusé. La veille du grand jour, le prince de Lambesravait sabré des promeneurs dans le jardin des Tuileries , et, une heure