HUE SANS NOM.
‘209
attachée à ces exécutions, chacun se faisait gloire d’y prendre part.
Chez les Grecs, l'office de bourreau n’était point méprisé. Aristote ,dans ses Politiques, met l'exécuteur au nombre des magistrats. Il ditmême que, par rapport à sa nécessité, on doit mettre cette charge aurang des principaux offices.
A Rome , outre les licteurs, on se servait quelquefois du ministère dessoldats pour l’exécution des criminels, non-seulement à l’armée, mais àla ville même, sans que cela les déshonorât en aucune manière.
Chez les anciens Germains, la charge d’exécuteur était exercée par lesprêtres, par la raison que ces peuples regardaient le sang des coupableset des ennemis comme l’offrande la plus agréable aux dieux de leur pays.
Anciennement les juges exécutaient souvent eux-mêmes les condam-nés : l’histoire sacrée et l’histoire profane en fournissent plusieursexemples.
En Allemagne , avant que cette fonction eût été érigée en litre d’office,le plus jeune de la communauté ou du corps de ville en étail chargé. EnFranconie , c’était le nouveau marié; à Hentlingue, ville impériale deSouabe , c’était le dernier conseiller reçu, etàStadien, petite ville deThuringe , l’habitant qui était le plus nouvellement établi dans la ville.
En Russie , la charge d’exécuteur n’existe pas; les exécutions sont con-fiées chaque fois à un prisonnier. Cette mission d’un instant lui vautgrâce pleine et entière.
En France , l’exécuteur de la haute justice avait autrefois droit de prise,comme le roi et les seigneurs, c’est-à-dire de prendre chez les uns etchez les autres, dans les lieux où il se trouvait, les provisions qui luiétaient nécessaires, en payant néanmoins dans le temps du crédit quiavait lieu pour les emprunts forcés.
Les lettres de Charles VI , du 5 mars 1398, qui exemptent les habitantsde Chailly et de Lay, près Paris , du droit de prise, défendent à tous lesmaîtres de l’hôtel du roi, à tous les fourriers, chevaucheurs (écuyers),à l'exécuteur de la haute justice et à tous nos autres officiers , et à ceux dela reine, aux princes du sang et autres, qui avaient accoutumé d’user deprise, d’en faire aucune sur lesdils habitants.
L’exécuteur se trouve là, comme on le voit, en assez bonne compagnie.
Plus tard, le métier de bourreau tomba dans le pliis complet avilisse-ment, 11 ne fut un peu relevé qu’en 1790, époque où l’Assemblée nationale,sur la proposition de Maton de la Varenne, appuyée par Mirabeau, décrétaqu’elle avait entendu comprendre les exécuteurs dans le nombre des ci-toyens.
Prévoyait-on déjà que , deux années plus tard , il dût être la chevilleouvrière de la révolution, et voulait-on le récompenser à l’avance du ter-rible service que l’on devait exiger de lui ?
i
27