HUE SANS NOM.
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C’est une grande erreur : il faut chercher autre part la cause de l’ac-ceptation (pie fait toujours le fils de l'exécuteur du sanglant héritage deson père.
L’exécuteur vit en dehors du inonde; sa seule société, après sa famille,ce ne sont guère (pie des bourreaux; ses alliances, il va les chercherparmi des bourreaux. Lui donneriez-vous votre fille? rechercheriez-vousla main de son fils? le recevriez-vous dans votre salon? Cependant c’estun homme comme vous ; connue vous il a besoin d’amitié, d’expansion ,et il ne peut demander tout cela qu’à des âmes faites comme la sienne ;c’est une famille de cliandalas au milieu d’une caste de bramines.
Et puis, que l’on ne croie pas que la charge d’exécuteur puisse jamaisvenir à faiblir. Il y a quelque vingt ans, quand monsieur de Versailles vintà mourir sans laisser d’héritier naturel, cent quatre-vingt-sept pétitionsdemandèrent la place. Les postulants étaient, pour la plupart, d’anciensmilitaires et surtout des bouchers.
Je reviens à ma visite.
On m’introduisit dans une petite salle basse, où je vis, occupé à tirerd’un piano des sons qui n’étaient pas sans mélodie, un homme parais-sant avoir à peine soixante ans, bien qu’il en eût soixante-dix, d’uneligure pleine de franchise, de douceur et de calme; sa taille élevée , sabelle tète chauve et les traits réguliers de son visage lui donnaient l’ap-parence d’un patriarche.
C’était lui !....
Dans la même pièce était son fils, —celui qui est aujourd’hui titulairede la charge,— un homme d’environ trente-huit ans, l’air timide et doux.Près de lui se tenait une jeune fille de quinze à seize ans, de la physiono-mie la plus vive et la plus distinguée.
C’était la sienne.
Ce tableau de famille me frappa : M. Sanson parut s’en apercevoir. Lefait est que , sans partager l’opinion irréfléchie de la multitude, je m’é-tais fait une tout autre idée du spectacle qui frappait mes yeux.
Cette jeune fille surtout!.... elle bouleversait toutes mes idées. Je n’au-rais pas voulu que quelque chose de si frais se rencontrât là : c’étaitcomme un rayon de soleil traversant un orage, une rose élevant sa tigeentre les pierres d’uu tombeau.
M. Sanson me reçut en homme qui sait son monde, sans embarrascomme sans affectation, et s’informa du motif de ma visite.
Ma fable était faite : je lui dis que , m’occupant d’un ouvrage sur lessupplices aux différentes époques de notre législation, j’avais assezcompté sur sa complaisance pour venir lui demander quelques renseigne-ments.
Le ton avec lequel il mç répondit qu’il était tout à ma disposition me