HUE SANS NOM
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à-coup ; il émit des principes, discuta mes opinions, et à travers quelqueshérésies qui tenaient au manque d'instruction primitive, il avança desjugements dont se ferait honneur un membre de l’Académie des inscrip tions et belles-lettres .
Il semblerait que la nature de ses fonctions, les gens avec lesquelselles le mettaient incessamment en rapport, eussent dû détruire chez luitout sentiment d'humanité. Rien loin de là, ils avaient développé dans.son âme une sensibilité exquise.
Ce même homme, qui allait froidement surveiller tous les apprêts d’unsupplice, monter pièce à pièce l’affreuse machine de destruction, grais-ser les cordes, consulter du doigt le tranchant du couteau, faire partird’une main assurée la détente qui allait rendre à la terre l’ouvrage duciel ; ce même homme 11 e pouvait retenir scs larmes quand vous lui rap-peliez le souvenir de quelque exécution ; vous l’auriez entendu s’éleveravec une ferme énergie contre la peine de mort, développer avec vivacitéles moyens qui pouvaient la remplacer le plus eflicacement ; vous l’auriezvu un jour de Grève pâle et défait, refusant toute nourriture, mortcomme s’il avait changé de rôle, comme si Vautre eût été le bourreau.
Il me rapporta nue foule de particularités sur les divers moments dequelques condamnés célèbres ; je 11 e les rapporterai pas ici. Parmi desdétails quelquefois touchants, quelquefois burlesques, toutes ces histoiresoffrent quelque chose de pénible et de forcé : c’est comme le rire d’unpendu.
Je 11 e dirai qu’un mot pour rassurer des consciences timorées : beau-coup de personnes croient encore aujourd’hui que Castaing, ce célèbremédecin-empoisonneur, était innocent; eh bien! il a fait, au pied del’échafaud, l’aveu complet de son crime !
Je citerai encore, de cette conversation, la circonstance â laquelle ilest dû que maintenant l’échafaud soit démonté et remis en place toutde suite après l’exécution, tandis qu’autrefois il restait là pendant plu-sieurs heures. C’était une attention délicate pour les assistants: la tra-gédie est courte, il fallait laisser la foule jouir du spectacle des décors.
Seulement un cadenas comprimait la détente qui laisse glisser l’instru-ment oblique.
En 1797, après une exécution, le bourreau et ses aides s’étaient retirésau premier étage du cabaret, situé à l’angle de la place de Grève et du quaiPelletier.
Ils causaient, ils buvaient, ils riaient, peut-être !
On frappe à la porte du cabinet. C’est un homme, une espèce d’ouvrier,qui vient prier M. Sanson de lui confier la clé du cadenas qui retient lecouperet de l’échafaud. Un garçon perruquier venaitd’ètre arrêté au mo-ment où il volait une montre au milieu de la foule qui s’écoulait après