DE LA SORBONNE.
259
enfin trouvé sou symbole; le caractère des arts à celte époque se trouvei heureusement formulé par cette expression de madame de Staël , en par-lant d’une vieille basilique : c'est, dit-elle, la prière fixée; certes il seraitdifficile d’accuser d’une manière à la fois plus exacte et plus poétique latendance des hommes d'alors à traduire le sursum corda que le prêtreprononce avant de chanter la préface, pour engager les fidèles à éleverleurs cœurs vers Dieu .
Le voisinage du collège de Cluny, situé sur la place de la Sorbonne, enface de la rue Coupe-Gueule, et dont l’église a longtemps servi d’atelierau peintre David, détermina les abbés de Cluny à choisir remplacementdu palais des Thermes pour y fixer leur résidence. C’est de cette églisepittoresque (pie Germain Brice a écrit : « A main droite de la place de laSorbonne est la chapelle du collège de Cluny, qui procure quelque sortede décoration, quoiqu'elle soit gothique, en disposant les yeux à remar-quer la différence grossière et rustique de bâtir des siècles passés d’avecla manière correcte et étudiée de ces derniers temps. »
L’hôtel Cluny, dans lequel ce même Germain Brice ne trouvait riende remarquable ([lie sa solidité, a servi tour-à-tour de résidence à desprinces, à des ministres du saint-siège, à des comédiens, à des reli-gieuses; la section de Marat y tint ses séances en 93. Son dernier hôtefut M. Dusommerard ; depuis dix ans cet antiquaire intelligent et infati-gable y a accumulé tous les objets d’art qu’il a pu recueillir. Le gouver-nement, jaloux de conserver et de compléter ce musée, vient d’en faire1’acquisition, moyennant 500 et quelques mille francs qu’il a obtenus duvote des deux chambres. Lorsque nous nous y sommes présentés, l’entréeen était fermée à tout ce qui n’était ni député ni pair de France. Nous,
, qui ne sommes pas même électeur, nous n’avons qu’à grand renfort desalutations obtenu d’une dame vêtue de noir, et qu’à tout hasard nousavons jugée être la veuve du propriétaire, la permission de visiter l’hôtelen compagnie du valet de chambre, qui nous a servi de cicerone. 11 estimpossible, avec les idées étroites qu’on se forme d’une collection crééepar les soins et les deniers d’un simple particulier, d’imaginer les ri-chesses du musée Dusommerard. Meubles, bronzes, marbres, armes,bijoux, étoffes, tableaux, manuscrits, vitraux, porcelaines, émaux,faïences, tout le moyen-âge est là pèle mêle, en dépit de l’ordre qu’on avoulu y introduire : ainsi, dans une chambre dite de François I ", nousavons remarqué à côté de l’épée du vainqueur de Marignan et des éperonsqu’il portait à la bataille de Ravie, les quenouilles de la reine Blanche etses fuseaux. Une de ces quenouilles surtout est sculptée avec une déli-catesse exquise ; ce n’est qu’à l’aide de la loupe qu’on peut en admirertous les détails; le clou de .laël, la cruche de Rébecca, les ciseaux deBalilah, le sabre de Judith, et d’autres signes encore y sont ingénieuse-