Band 
Tome second.
Seite
273
JPEG-Download
 

DE LA SOIt BON .NE.

273

S'il est vrai que dans les derniers siècles la Sorbonne ait justifié parson intolérance l’accusation portée contre elle par Fourcroy, il est justede reconnaître qu’elle a puissamment contribué à répandre en France les lumières et la liberté de discussion en protégeant contre d’aveuglespréjugés les premiers essais de l'imprimerie. L’an 14G9, Jean de la Pierre,prieur de Sorbonne, fit venir d’Allemagne Martin Crantz, Ulric Geringet Michel Frihurger, qui imprimèrent dans une salle de la Sorbonne lesEpislres de Gasparinus Pargumensis et les Epislres cyniques de Crûtes lephilosophe. Ces trois imprimeurs se fixèrent parla suite rue Saint-Jacques,près des charniers de Saint-Benoît, et prirent pour enseigne le soleild’or.

A quelques pas de là, dans la rue Saint-Jean-de-Beauvais, les Estienneétablirent le siège de leur imprimerie ; nombreuse et belle famille de sa-vants qui ont poussé l’art de la typographie à un tel degré de perfec-tion que le luxe de nos éditions modernes reste bien au-dessous de lanetteté et de la correction des leurs. De pareils hommes comprenaient toutela grandeur de l’art auquel ils s’étaient voués, et la considération quis’attachait à leur personne rejaillissait sur leurs travaux. On racontequ’un jour François l"vint visiter les ateliers du premier Henri Etienne ,l’imprimeur était occupé à corriger une épreuve; le roi ne voulut pasl’interrompre, et attendit, avec toute sa suite, qu’il eût fini sa Lâche.Qu’aimez-vous mieux, de François 1 " faisant antichambre chez un sa-vant ou de Cliarles-Quint ramassant le pinceau du Titien ?

Le second, Henri Etienne , l’auteur du Thésaurus, ne fut pas aussi heu-reux que son devancier. Proscrit sous le règne de Henri 11, à cause de sonapologie d’Hérodote , il fut brûlé en effigie pendant qu’il était caché dansles montagnes d’Auvergne , ce qui lui fit dire plaisamment qu’il n’avaitjamais eu si grand froid que lorsqu’il avait été brûlé à Paris . H mourutfou et misérable à l’hôpital de Lyon , en 1598.

Peu d'arts ont obtenu, en si peu de temps, des résultats aussi completsque l’imprimerie; on peut dire que, grâce à ses progrès, il s’opéra, enmoins de vingt ans, une révolution dans l’enseignement des écoles ; leslivres, qui auparavant étaient rares et hors de prix, se trouvèrentbientôtdans toutes les mains, comme on en peut juger par ces vers d’un poètecontemporain :

J’ai vu grand’ multitudeDe livres imprimésPour tirer en estudePovres mal argentés.

Par ces novelles modes,Aura maint escholierDecrets, bibles et codesSans grand argent bailler■.

il.