iill K M ü N T M A K T K E.
."09
fourmillière d’employés; les cours, les escaliers, les corridors s’a-niment; mille passants se croisent, s’entre-croisent, se coudoient d’unair affairé; on entre, on sort, on sort, on rentre : ce ne sont qu’estafettesarrivant au galop, courriers s’élançant ventre à terre, véhicules qui s’envont, véhicules qui reviennent, gens à pied , achevai, en voiture, sen-tinelles veillant aux portes, en un mot l’appareil complet d’une vasteadministration. C’est que c’en est une en effet, c’est que l'hôtel a passé,depuis 1717, du service de l’opulent traitant au service d’un maître en-core plus opulent que tous les traitants imaginables, au service de toutle monde : c’est que le ci-devant hôtel d’Armenonville est aujourd’huiY Hôtel fies postes.
Je rappellerai que Louis XI , fondateur de la poste, en emprunta l’idéepremière auxMessagers de l’Université, qui, en sa qualité d’érudite, l’a-vait elle-même renouvelée du grand Cyruset des Romains; que cet éta-blissement, qui produit à l’Etat un revenu de près de cinquante millions,lui coûtait, au début, trois millions de dépenses annuelles. Et le Cabinetnoir, cette inquisition épistolaire créée pour amuser la vieillesse blaséede Louis XV ; et le bureau de la poste restante ! et le bureau des envoisd’argent! et le bureau des imprimés, qu’assiègent à l'envi, de deux heu-res jusqu'à trois, ce qu’on est convenu d'appeler les organes de l’opi-nion ! Au xiv'siècle, les comtes de Joigny habitaient l’hôtel de Calais,en face de l’hôtel de Flandre. Après lui, l’hôtel de Laval s’éleva sur unepartie de son emplacement; à celui-ci succédèrent plusieurs maisons demaigre et chétive apparence, entre autres la maison qui porte actuellementle n° 2; regardez-la : rien ne la distingue de ses maussades et tristessœurs, si ce n’est qu’elle semble peut-être encore plus triste et plusmaussade; et cependant elle fut, c’est tout dire, le logis de J.-J. Rousseau.C’est là que, défiant, ombrageux, hypocondre, victime imaginaire decomplots chimériques , l’auteur de Jtilie et d'Emile, cet homme qui tra-duisit avec tant d’éloquence l’âme d’un ami, d’une mère, qui sut peindrel’amour pur, éthéré, céleste d’un si poétique pinceau, vécut, tel qu’unours dans son antre, rebelle à l’amitié, rebelle à la nature, uniquementattaché, que dis-je? acoquiné à je ne sais quelle créature sans attraits,sans jeunesse, sans éducation, sans esprit et sans cœur.
Nous savons par Rousseau lui-même qu'il habitait la rue Plâtriére en177(5, année de l’accident qui faillit lui coûter la vie et dont sa deuxièmerêverie nous a minutieusement conservé les détails. 11 y raconte commentun chien danois courant en avant d’un carrosse le fit choir à la descentede Ménilmontant, et peu s’en faut qu'il n’accuse la pauvre bête de s’êtrefait en cette circonstance l’agent secret de ses ennemis. On le reconduisittout sanglant à son domicile, et les premiers symptômes furent si gravesque ses jours parurent un instant en danger. Quelle fin pour Jean-Jacques,