L lis BOULKVABTS.
— Je prends note, ô mon savant cicérone! de tout ce que vous avez eula bonté de me montrer et de me dire; mais, ce n’est pas tout, et j'ai be-soin d’en apprendre davantage : recommençons notre promenade sur lesboulevarts; marchons bras dessus, bras dessous, au hasard; regardonsensemble çà et là, dans le monde de l’histoire ou dans le monde de la viecontemporaine ; je n’aurai que des yeux pour voir et des oreilles pour en-tendre : vous aurez de la mémoire, de l’observation et de la patience pourme guider et pour m’instruire. Je vo’us écoute.
— Tout Paris a passé, tout Paris passe et tout Paris passera sur lesboulevarts; parlons d’hier et d’aujourd’hui, sans nous inquiéter de de-inaiii.
J’ai vu passer sur les boulevarts les convois de Louis XV1II, de La-fayette, de Casimir Périer, du général Lamarque et. du duc d’Orléans ; j’yai vu déliter les mascarades du carnaval, les pèlerins frivoles qui s’en al-laient à Longchamps.à pied, à cheval ou en voiture, les cortèges de toutesles sortes qui assistaient à des cérémonies religieuses, civiles et mili-taires; j’y ai vu tour-à-tour les vainqueurs de la Bastille, et Louis XVI que l’on conduisait à l’échafaud, et Marat que l’on se préparait à jeterdans l’égout de la rue Montmartre, et Mirabeau qui rentrait, pour y mou-rir, dans sa maison de la rue Caumarlin, et les rois étrangers qui rame-naient les Bourbons, et les émigrés de Coblentz , et les royalistes de Garni,et Charles X qui se montrait, au peuple, et la révolution de 1830 qui com-mençait à poursuivre la garde royale à coups de pierres, parce qu’ellen'avait pas encore de fusils.
J’ai assisté, sur les boulevarts, au spectacledes incendies qui dévoraientla nuit ou le jour les théâtres du Petit Lazary, de la porte Saint-Martin,de la Gaîté, du Cirque, de l’Ambigu , de l’Opéra Italien ; j’ai fait la chaîne,bon gré, mal gré, autour des flammes de l’ancien bazar: j’ai entendu lesplaintes affreuses, les cris horribles des animaux que le feu atteignait déjàdans leurs cages, et je me rappelle encore la terreur des Parisiens quicroyaient à l’évasion des serpents à sonnettes de cette ménagerie in-cendiée.
.Mirabeau est mort au premier étage de cette maison, qui fait l’angledu boulevart et de la rue Caumartin. — La célèbre M 11 " Dutlié, cettevéritable fille d'affaires du xviii' siècle, demeurait presque en face, del’autre côté du boulevart; elle y reçut l’auguste visite du roi de Dane-marck; S. M. danoise professait, pour la petite l)uthé, une si singulièreestime et une admiration si profonde qu’elle parlait sérieusement, Dieu me pardonne! de lui confier l’éducation mondaine de son héritier pré-somptif!... Il n’en fît rien pourtant, et le royaume de Danemarck l'é-chappa belle!
Chose élrauge! eu 181-1, le jour de l'entrée des alliés dans Paris , au