DE FRÉDÉRIC. 20^
leur fit, comme elle put, et à travers des excu-ses vingt fois répétées, la commission peu ré-gulière dont elle était chargée. Tout le mondetrouva l’idée de monsieur le comte allemand très incongrue. On en rit beaucoup. On ima-gina que ce devait être un original plaisant etcurieux à connaître; et enfin, pour répondreà cette singularité par une autre, les trois colo-nels acceptèrent et donnèrent leurs noms. Ilsarrivèrent peu avant le souper, et furent extrê-mement surpris de trouver un seigneur alle-mand qui, tout autre qu’ils ne l’avaient ima-giné, pétillait d’esprit, savait infiniment dechoses, était d’une gaieté charmante et d’unepolitesse aussi aisée que soutenue. Lorsqu’onservit le souper, l’un de ces colonels se trouvaplacé en face de monsieur le comte, qui eneut un second à sa droite, tandis que le troi-sième se retira à l’un des bouts de la table. Onn’a pas su me dire comment le militaire françaisdevint l’objet de la conversation ; mais mon-sieur le comte se permit une plaisanterie quel’on pouvait prendre pour un sarcasme. Le co-lonel qui était en face, homme d’esprit etaussi vif que Frédéric, releva le propos avecbeaucoup de franchise ; le comte voulut le