LA DUCHESSE DE BRUNSWICK, etC. 3l5
vertu. En un mot, l’amitié présuppose unevéritable égalité entre les âmes qu’elle unit : sicette égalité ne s’y trouve pas, l’amitié l’y éta-blit , ou elle cesse d’être elle-même. La vraienoblesse aime à se montrer partout et toutentière : il n’y a que les âmes basses ou faussesqui croient avoir besoin de se cacher. Leprince, jeune, vif, sensible et vrai, sentaitqu’il était ce qu’il devait être, et qu’il n’avaitpour s’honorer qu’à se montrer tel qu’il était.Parla, il ajoutait à sa dignité; et c’est con-fondre toutes les idées que de dire qu’il l’ou-bliait. Pour ce qui me concerne , j’observeque s’il y a une sorte de mérite dont il noussoit permis de nous prévaloir, c’est le méritequi tient aux sentiments et aux principes mo-raux. Je méritais l’amitié du prince par monsincère et véritable attachement : pourquoi nele dirais-je pas ? Lorsque j’ajoute qu’il a eupour moi cette amitié , lorsque je le mets aupremier rang de ceux qui m’ont honoré de cesentiment, je ne fais que lui rendre justice.Sa qualité de prince n’entre point ici en lignede compte, et mon hommage n’en devient queplus grand ! En une autre occasion , j’ai dit auprince Henri que je réglais mes révérences