VOLTAIRE.
mode et la forme; quant à la véritable cause,elle a existé dans l’incompatibilité de leurs ca-ractères, et dans la supériorité de chacun d’eux.
Voltaire avait déjà acquis une grande célé-brité, que Frédéric , beaucoup plus jeune, etn’étant encore que prince de Prusse, végétaitignoré , ou du moins peu connu auprès de sonpère semi-barbare, ou dans sa prison de Cus-trin, ou dans son désert de Rheinsberg : mais,lame de ce prince, agitée du besoin de savoiret de s’illustrer, se tourmentait dans le cercleétroit où il était retenu, et faisait chaque jourde nouveaux efforts pour l’étendre ; chaquejour, et dans le plus grand secret, il formaitde nouvelles liaisons avec ceux dont les lumièreset les talents pouvaient lui devenir utiles ; etc’est ainsi qu’il adressait des lettres si hono-rables et si flatteuses aux Rollin , aux d’Argenset à tant d’autres. Vers ce même temps , un deses futurs sujets, Jordan revint des voyages qu’ilavait faits en Suisse , en Angleterre, en Hol-lande et en France : partout Jordan s’était atta-ché à voir les hommes célèbres ou dignes del’être par leur science ou leurs talents : Voltaire était un de ceux qu’il avait le plus courtisésà Paris , et dont il parla le plus à Frédéric