LE MARQUIS d’aRGENS. 325
système. Le marquis les écoutait, souriait etne disait rien. A la fin le roi s’aperçut de sonSilence, et le pria de dire aussi ce qu’il feraits’il était à sa place. « Moi, sire, » répliqua lemarquis , « je vendrais bien vite mon royaume» pour acheter une bonne terre en France . »Cette plaisanterie, au moyen de laquelle iléchappait au ridicule de débiter une doctrinepeut-etre plus dangereuse, et au moins trèsdéplacée et inutile, obtint l’approbation du roi,et fit cesser cette discussion. C’est d’après plu-sieurs entretiens de cette nature que Frédérica écrit, dans la suite, que s’il voulait bienpunir une province il la donnerait à gouver-ner à des philosophes. C’est que, philosophecomme eux dans ses opinions, il n’était que roidans la pratique; deux rôles entre lesquels ila toujours maintenu une indépendance ab-solue.
Ce fut dans un autre souper que les mêmesphilosophes, s’appuyant sur la déclaration faitepar Frédéric, qu’il n’y avait point de roi pré-sent , et que l’on pouvait sans risque penser etparler tout haut, se mirent à censurer les gomvernements et les gouvernants avec une libertési franche et si sévère, que leur hôte trouva