526 AMIS DE FRÉDÉRIC:
qu’ils allaient trop loin , et jugea qu’il était desa prudence de les arrêter : c’est pourquoi illeur dit tout-à-coup: « Paix ! paix ! messieurs;» prenez garde, voilà le roi qui arrive ; il ne faut» pas qu’il vous entende ; car peut-être se croi-» rait-il obligé d’être encore plus méchant que» vous. »
Le baron de Poëllnitz m’a souvent conté unautre trait, où l’on retrouve bien sensiblementla vivacité et la franche loyauté du marquis.Ce baron devant dîner chez le roi , qui a con-stamment dîné à l’heure précise de midi, etayant à parler de quelque affaire au marquisd’Argens, vint pour le prendre vers onze heu-res. Surpris de le trouver encore au lit, il luidemanda s’il était malade, et lui apprit l’heurequ’il était ; sur quoi le marquis, effrayé et fu-rieux , appelle son domestique, nommé laPierre, et lui reproche durement de ne l’avoirpas averti. « Ma foi, lui dit la Pierre, que ne» regardez-vous à votre montre ! moi, je fais ma» besogne, et ne sais pas quelle doit être la» vôtre. Est-.ce qu’il me faudra tout vous dire,» comme à un petit enfant ?» Le marquis, ne sepossédant plus de colère, s’élance hors de sonlit, court s’emparer d’une bûche, et revient