LE MARQUIS d’aRGEÜS. 3ay
sur la Pierre , qui, restant immobile, et croi-sant les bras , lui dit d’un ton flegmatique ,
« Voilà donc ce qu’on appelle un philosophe !
» Allons, monsieur, pour me punir de vos torts,
» et payer mon zèle et ma fidélité, tuez-moi,
» cela fera beaucoup d’honneur à la philosophie!
» — Ah, mon ami! » s’écria le marquis en jetantsa bûche, « je vous demande pardon! mais, je«vous en prie, habillez-moi vite, afin que«j’arrive encore, s’il est possible, avant qu’on» se mette à table. » La Pierre fit tant de di-ligence , que le vœu de son maître fut rempli.Pour le baron, il ne pouvait conter cette anec-dote , même long-temps après, sans rire en-core du jeu et du contraste de ces deux phy-sionomies , qu’il croyait toujours avoir devantlui.
Dans le premier voyage que M. de Voltaire fit à Berlin , la franchise du marquis ne luipermit pas de dissimuler , même devant l’au-teur de la Henriade, que Jean-Baptiste B.ous-seau était à ses yeux un homme d’un talentrare; qu’il en plaignait les infortunes, et qu’ille croyait innocent au sujet des couplets quilui avaient attiré tant de chagrins. Voltaire n’ayant pu le convertir sur ce point, en res-