LE MA.RQUIS d’aRGESS. 329
» messe de la plus grande discrétion. Je viens de» recommander à mon correspondant, homme«d’ailleurs dont je suis sûr comme de moi-»même, de ne négliger aucune des mesures» qu’il est à portée de prendre pour faire sup-» primer cette abominable épigramme, ou au» moins pour la rendre aussi odieuse aux yeux» du public , qu’elle le sera toujours aux yeux» de ceux qui vous connaissent. »
Le marquis commença par être dupe : il re-mercia sincèrement Voltaire , et déclama contreRousseau; il jura qu’il se vengerait, et qu’ilferait en réponse, non de petites épigram-mes, mais un ouvrage qui serait un monu-ment pour les temps à venir, et dans lequelil démasquerait cet hypocrite, et le vilipen-derait jusque chez la postérité. Voltaire eutdonc d’abord un triomphe complet ; maisd’Argens ne tarda pas à faire des réflexions.Cette infamie lui semblait trop grande pourne pas lui laisser des doutes. Rien ne pouvaitl’avoir provoquée : elle exposait l’auteur àun ressentiment trop dangereux. Le marquistrouva dans ses amis les mêmes doutes et lesmêmes soupçons, ce qui le détermina à enécrire à Jean-Baptiste Rousseau lui-même, qui