34i AMIS DE FRÉDÉRIC:
en me parlant du silence respectueux danslequel il se renfermait à la table du roi son oncle,me disait que, seulement lorsque la conversa-tion paraissait languir, il avait soin de pousserquelque plat vers celui des convives qui sem-blait vouloir en prendre, mais de le pousserde manière à renverser une salière ; sur quoi leroi ne manquait pas de s’écrièr : « Ah , mon«neveu, qu’avez-vous fait? Prenez garde que le«marquis ne s’en aperçoive! Eh vite , vite, je-« tez une pincée de sel au feu! Jetez-en une«autre par-dessus votre épaule gauche, mais» en riant. » Et voilà comment, me disait cejeune prince, je ranime la conversation pourau moins un quart d’heure.
Quoique le marquis fût très superstitieux,et qu’il eût été impossible à sa raison de domp-ter, à cet égard, son imagination trop vive,trop ardente, et frappée, dans son enfance,des fables absurdes dont le peuple surchargela religion, il n’en détestait que plus fortementla superstition en général; jamais il ne lui fai-sait grâce dans les autres. On était sûr de re-trouver en lui l’auteur de la Philosophie dubon sens , dès qu’il était en état de consultersa raison. Dans un petit voyage où Maupertuis