SUR LA LOI NATURELLE. g l
Là, le froid Hollandais devient impétueux,
II déchire en morceaux deux frères vertueux.
Plus loin la Brinvilliers , dévote avec tendresse,Empoisonne son père en courant à confesse.
Sous le fer du méchant le juste est abattu.
Hé bien, conclurez-vous qu’il n’est point de vertu?Ouand des vents du Midi les funestes haleinesDe semences de mort ont inondé nos plaines,Direz-vous que jamais le Ciel en son courrouxNe laissa la santé séjourner parmi nous?
Tous les divers fléaux dont le poids nous accable,Du choc des élémens effet inévitable,
Des biens que nous goûtons corrompent la douceur ;Mais tout est passager, le crime 8c le malheur.
De nos désirs fougueux la tempête fataleLaisse au fond de nos cœurs la règle Sc la morale:C’est une source pure : en vain dans ses canauxLes vents contagieux en ont troublé les eaux ;
En vain fur fa surface une fange étrangèreApporte en bouillonnant un limon qui haltère;L’homme le plus injuste, 8c le moins policé,
S’y contemple aisément quand l’orage est passé.
Tous ont reçu du ciel , avec ^intelligence,
Ce frein de la justice 8c de la conscience.
De la raison naissante elle est le premier fruit ;
Dès qu'on la peut entendre, aussitôt elle instruit:Contrepoids toujours prompt à rendre l'équilibreAu cœur plein de désirs, asservi, mais né libre;
Arme que la nature a mis en notre main,
Qui combat l’intérêt par l’amour du prochain. ( e )
De Socrate en un mot c’est-là l'heureux génie;C’est-là ce Dieu secret qui dirigeait sa vie,