iZ6 le Temple du Goût.
(b) A l’égard de Lucrèce, il rougit d’abord envoyant le cardinal son ennemi ; mais à peine l’eut-ilentendu parler qu'il l'aima. II courut à lui, 8c luidit en très-beaux vers latins ce que je traduis icien assez mauvais vers français :
Aveugle que j’étais, je crus voir la nature.
Je marchai dans la nuit, conduit par Epícure ;J’adorai comme un Dieu ce mortel orgueilleuxQui fit la guerre au Ciel 8c détrôna les dieux.
L’ame ne me parut qu'u ne faible étincelle,
Oue l’inílant du trépas dissipe dans les airs.
Tu m’as vaincu, je cède; 8c l’ame est immortelle,Auffi-bien que ton nom , mes écrits 8c tes vers.
Le cardinal répondit à ce compliment très-flatteur.dans la langue de Lucrèce. Tous les poètes latinsqui étaient là le prirent pour un ancien romain, àson air & à son style ; mais les poètes français fontfort fàclrés qu’on fasse des vers dans une langue qu onne parle plus , & disent que puisque Lucrèce , né àRome, embellissait Epícure en latin, son adversaire,né à Paris , devait le combattre en français. Enfin,après beaucoup de ces retardemens agréables , nousarrivâmes jusqu’à fautel & jusqu’au trône du Dieudu Goût.
Je vis ce Dieu qu'eu vain j’implore ,
Ce Dieu charmant que l’on ignore,
Quand on cherche à le définir;
Ce Dieu qu’on ne fait point servir,
Ouand avec scrupule on l’adore,
Que la Fontaine fait sentir,
Et que Vadius cherche encore.