le Temple du Goût. 169
Nos bourgeois à sots préjugés,
Nos petits marquis rengorgés ,
Nos robins toujours arrangés,
Chez toi venaient se reconnaître ;
Et tu les aurais corrigés,
Si l'esprit humain pouvait hêtre.
Ah! disait - il, pourquoi ai-je été forcé d’écrirequelquefois pour le peuple ? Que n’ai-je toujoursété le maître de mon temps ! j’aurais trouvé desdénouemens plus heureux ; j’aurais moins faitdescendre mon génie au bas comique.
C’est ainsi que tous ces maîtres de l’art montraientleur supériorité , en avouant ces erreurs auxquellesl’humanité est soumise, 8c dont nul grand-hommen’est exempt.
Je connus alors que le Dieu du Goût est très-difficile à satisfaire, mais qu’il n’aime point à demi.Je vis que les ouvrages qu’il critique le plus en détailfont ceux qui en tout lui plaisent davantage.
Nul auteur avec lui n’a tortQuand il a trouvé l’art de plaire ;
11 le critique sans colère,
11 l’applaudit avec transport.
Melpomène étalant ses charmesVient lui présenter ses héros ;
Et c’est en répandant des larmesQue ce Dieu connaît leurs défauts.
Malheur à qui toujours raisonne,
Et qui ne s’attendrit jamais !
Dieu du Goût, ton divin palaisEst un séjour qu’il abandonne.