246 Voyage
Ce n’était pas peut-être un emploi difficileDe railler monsieur d’Assouci.
II faut une autre plume , il faut un autre stylePour peindre ce Platon, ce Solon, cet AchilleQui fait des vers à Sans-Souci.
Je pourrais vous parler de ce charmant asile,
Vous peindre ce héros philosophe 8c guerrier,
Si terrible à l’Autriche, 8c pour moi si facile;
Mais je pourrais vous ennuyer.
D’ailleurs je ne fuis pas encore à fa cour , 8c ilne faut rien anticiper : je veux de Tordre jusquedans mes lettres. Sachez donc que je partis deCompiégne le 25 de juillet, prenant ma route parla Flandre , 8c qu’en bon historiographe 8c en boncitoyen j’allai voir en passant les champs de Fonte-noi, de Raucoux 8c de Laufelt. II n’y paraissait pas :tout cela était couvert des plus beaux blés dumonde. Les Flamands 8c les Flamandes dansaientcomme si de rien n’eût été.
Durez, jeux innocens de ces peuples grossiers,Régnez, belle Cérès, où triompha Bellone.Campagnes qu’engraissa le sang de nos guerriers ,J’aime mieux vos moissons que celle des lauriers :
La vanité les cueille 8c le hasard les donne.
O que de grands projets par le fort démentis !
O victoires fans fruit ! ô meurtres inutiles !
Français, Anglais, Germains, aujourd’hui si tranquilles,Fallait-il s’égorger pour être bons amis ?
J’ai été à Clèves , comptant y trouver des relaisque tous les bailliages fournissent, moyennant un