i
rtjf
12 Lettres
Ces J'ai vu font grossièrement imités de ceux del’abbé Régnier de f académie, avec qui fauteur n’arien de commun ; ils finissent par ce vers :
J'ai vu ces maux 6-je n ai pas vingt ans.
II est vrai que je n’avais pas vingt ans alors ;mais ce n est pas une raison qui puisse faire croireque j’aye fait les vers de M. Le Brun.
Hos Le Brun versiculos fecit : tulit aller honores.
J’apprends que c’est un des avantages attachés à
indigne ouvrage ; on ne me fit pas l’honneur de croire que je pusse avoirassez de prudence pour me déguiser. L’auteur de cette misérable satire necontribua pas peu à la faire courir fous mon nom, afin de mieux cacherle sien. Quelques-uns m’imputèrent cette pièce par malignité , pour medécrier 8c pour me perdre ; quelques autres, qui f admiraient bonnement,me l’altribuèrent pour m’eu faire honneur ; ainsi un ouvrage que jen'avais point fait, 8c même que je n’avais point encore vu alors, m’atlirade tous côtés des malédictions S: des louanges.
Je me souviens que passant par une petite ville de province, les beauxesprits du lieu me prièrent de leur réciter cette pièce qu’ils disaient êtreun chef-d’œuvre; j’eus beau leur répondre que je n’en étais point fauteurSc que la pièce était misérable ; ils ne m’en crurent point fur ma parole;ils admirèrent ma retenue, 8c j’acquis ainsi auprès d’eux, fans y penser ,la réputation d'un grand poëte 8c d'un homme fort modeste.
Cepeudant, ceux qui m’avaient attribué ce malheureux ouvrage conti-nuèrent à me rendre responsable de toutes les sottises qui fe débitaient dansParis, 8t que moi - même je dédaignais de lire. Quand un homme a eu lemalheur d’être calomnié une fois, on dit qu’il le fera long-temps. Onm’aíTure que de toutes les modes de ce pays-ci, c’est celle qui dure davantage.
La justification est venue, quoiqu’un peu tard ; le calomniateur a signé,les larmes aux yeux , le désaveu de sa calomnie, devant un secrétaire d’Etat ;c’est fur quoi un vieux connaisseur en vers 8c en hommes , m’a dit • Ohle beau billet qu'a La Châtre ! Continuez , mon enfant, à faire des tragédies,renoncez à toute profession sérieuse pour ce malheureux métier ; 8c. comptezque vous serez harcelé publiquement toute votre vie, puisque vous êtesassez abandonné de Dieu pour vous faire de gaieté de cœur un homme