Acte premier. 89
D I M A S.
Ce fut de nos malheurs la première origine :
Ce crime a de l’empire entraîné la ruine.
Du bruit de son trépas mortellement frappés ,
A répandre des pleurs nous étions occupés :
Quand du courroux des dieux ministre épouvantable,funeste à l’innocent fans punir le coupable ,
Un monstre, ( loin de nous que faisiez-vous alors? )
Un monstre furieux vint ravager ces bords.
Le ciel industrieux dans fa triste vengeanceAvait à le former épuisé sa puissance.
Né parmi des rochers au pied du Cithéron , {b)
Ce monstre à voix humaine, aigle, femme 8c lion ,
De la nature entière exécrable assemblage,
Unissait contre nous l’artifice à la rage.
11 n’était qu'un moyen d’en préserver ces lieux.
D’un sens embarrassé dans des mots captieux,
Le monstre, chaque jour, dans Thèbe épouvantéeProposait une énigme avec art concertée ;
Et si quelque mortel voulait nous secourir,
11 devait voir le monstre 8c l’entendre , ou périr.
A cette loi terrible il nous fallut souscrire.
D’une commune voix , Thèbe offrit son empireA f heureux interprète inspiré par les dieux,
Oui nous dévoilerait ce sens mystérieux.
Nos sages, nos vieillards, séduits par l'efpérance,
Osèrent, sur la foi d’une vaine science ,
Du monstre impénétrable affronter le courroux;
Nul d'eux ne l’entendit, ils expirèrent tous.
Mais Oedipe, héritier du sceptre de Corinthe,
Jeune 8c dans l’âge heureux qui méconnaît la crainte, {c)