Acte troisième. 12.5
Foulant par piété les plus saintes des lois ,
Croit honorer les dieux en trahissant ses rois ;
Surtout, quand l’intérêt, père de la licence.
Vient de leur zèle impie enhardir l’insolence.
O E D I P E.
Ah ! Seigneur, vos vertus redoublent mes douleurs.;
La grandeur de votre ame égale mes malheurs ;
Accablé fous le poids du foin qui me dévore,
Vouloir me soulager, c’est m’accabler encore.
Quelle plaintive voix crie au fond de mon cœur !
Ouel crime ai-je commis? Est-il vrai, Dieu vengeur ?
J o C A S T E.
Seigneur , c’cn est assez, ne parlons plus de crime jA ce peuple expirant il faut une victime ;
II faut sauver l’Etat, 8 c c’est trop différer.
Epouse de Laïus, c’est à moi d’expirer ;
C’est à moi de chercher fur l’infernale rive
D’un malheureux époux l’ombre errante 8 c plaintive.
De ses mânes fanglans j’appaiferai les cris ;
J’irai... Puissent les dieux satisfaits à ce prix,
Contens de mon trépas, n’en point exiger d’autre ;
Et que mon sang versé puisse épargner le vôtre !
O E D I P E.
Vous mourir ! vous, Madame ! ah ! n’est-ce point assez,De tant de maux affreux fur ma tête amassés ?
Quittez, Reine, quittez ce langage terrible ;
Le fort de votre époux est déjà trop horrible,
Sans que de nouveaux traits venant me déchirer,
Vous me donniez encor votre mort à pleurer.