Acte cinquième. 145
I C A R E.
Jamais; 8c le trépas vous a ravi, peut-être,
Le seul qui vous eût dit quel sang vous a fait naître :Mais long-temps de ses traits mon esprit occupé,
De son image encore est tellement frappéQue je le connaîtrais s’il venait à paraître.
O E d i p E.
Malheureux ! eh pourquoi chercher à le connaître ?Je devrais bien plutôt, d’accord avec les dieux,Chérir s heureux bandeau qui me couvre les yeux.J’entrevois mon destin : ces recherches cruellesNe me décpuvriront que des horreurs nouvelles.
Je le fais; mais malgré les maux que je prévôtUn désir curieux m’entraîne loin de moi.
Je ne puis demeurer dans cette incertitude;
Le doute en mon malheur est un tourment trop rude ;J’abhorre le flambeau dont je veux m’éclairer ;
Je crains de me connaître 8c ne puis m'ignorer.
S C E K E III.
OEDIPE, ICARE, PHORBAS.
A O E D I P E.
H ! Phorbas, approchez!
Icare.
Ma surprise est extrême:Plus je le vois, 8c plus... Ah ! Seigneur, c’est lui-même.C’est lui.
Phorbasà Icare.Pardonnez-moi si vos traits inconnus....Icare.
Quoi ! du mont Cithéron ne vous souvient-il plus ?
Théâtre. Tome I. K.