d’Artemire. 171
sa destinée ; elle lui reproche d’avoir trop bravé lefavori du roi.
Madame, jusque-là deviez-vous l’irriter?
Artemire.
Ah ! je hâtais les coups que l’on veut me porter ;Céphisc, avec plaisir aigrissant fa colère ,
Moi-même je pressais le trépas qu’il .diffère :
Je rends grâces aux dieux, dont le cruel secours,Quand Philotas revient, va terminer mes jours.
Hélas ! de mon époux armant la main sanglante,
Du moins ils ont voulu que je meure innocente.
C e r h 1 s E.
Quand vous pouvez régner, vous périssez ainsi?Artemire.
Philotas est vivant, Philotas est ici:
Malheureuse! comment soutiendras-tu fa vue?
Toi qui, de tant d’amour si long-temps prévenue,Après tant de sermens, as reçu dans tes brasLe cruel assassin de ton cher Philotas !
Toi, que brûle en secret une flamme infidelle,Innocente autrefois, aujourd’hui criminelle!
Hélas ! j’étais aimée, îc. j’ai rompu les nœudsDe l’amour le plus tendre & le plus vertueux.
J’ai trahi mon amant. Pour qui? pour un perfide,
De mon père &: de moi meurtrier parricide.
A l’aspect de nos dieux je lui promis ma foiEt l’empire d’un cœur qui n’était plus à moi;
Et mon ame, attachée au serment qui me lie,
Lui doit encor sa foi quand il m’ôte la vie.