238 M A R I A M N E.
Assez 8c trop long-temps fur ma triste maisonLa vengeance & la haine ont versé leur poison.
De la reine Sc de vous les discordes cruellesSeraient de mes tourmens les sources éternelles.
Ma sœur, pour mon repos, pour vous, pour toutes deux,Séparons - nous, quittez ce palais malheureux ;
II le faut.
Salomé.
Ciel ! qu’entends-je ? Ah , fatale ennemie !Herode.
Un roi vous le commande , un frère vous en prie.Que puisse déformais ce frère malheureuxN’avoir point à donner d'ordre plus rigoureux,N’avoir plus fur les siens de vengeances à prendre,De soupçons à former , ni de sang à répandre !
Ne persécutez plus mes jours trop agités.
Murmurez, plaignez - vous , plaignez - moi ; mais partez.
Salomé.
Moi, Seigneur, je n'ai point de plaintes à vous faire.Vous croyez mon exil 8c juste 8c nécessaire ;
A vos moindres désirs instruite à consentir ,
Lorsque vous commandez , je ne fais qu’obéir.
Vous ne me verrez point, sensible à mon injure ,Attester devant vous le sang 8c la nature ;
Sa voix trop rarement se fait entendre aux rois ,
Et près des passions le sang n’a point de droits.
Je ne vous vante plus cette amitié sincère ,
Dont le zèle aujourd’hui commence à vous déplaire ;Je rappelle encor moins mes services passés ;
Je vois trop qu'un regard les a tous effacés.